Also available in: Macédonien Anglais

À défaut de lumière

À défaut de lumière,
prends-moi.
Que je sois nuit, nuit qui embrase
à te rendre point du jour.

À défaut d’amour,
prends-moi.
J’arracherai les prunelles de la nuit,
qu’astre tu deviennes et que tu flamboies.

À défaut de haine,
mais prends-moi.
Dans mon cœur un enfer tournoie,
siècles d’enfer.

À défaut de lumière,
prends-moi.
Et si je venais à te manquer
que ferais-je ?
sinon te contempler sans fin,
sinon brûler de toi.

Aco Šopov,  Cinérémancien, 1970
Traduit par Jasmina Šopova et Édouard J. MaunickAnthologie personnelle, 1994

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Pleinement conscient de sa responsabilité de poète macédonien moderne, Šopov créait des poèmes riches et complexes dans une langue longtemps réprimée, pour un peuple dont l’identité nationale n’avait été officiellement reconnue que récemment. Cette conscience se révèle aussi dans le poème « À défaut de lumière ».

Pris isolément, il a l'allure d'un poème d’amour très touchant : promesse d’un amant de tout faire pour réconforter et consoler l’être aimé. Mais, lu dans le contexte où il figure dans le recueil Cinérémancien — juste après la « Complainte d’au-delà de la vie » et entouré d’autres poèmes écrits en réaction à la dévastation du tremblement de terre de Skopje — on entend le poète offrir son amour à sa nation en deuil, promettant d’employer toutes ses forces pour apaiser un chagrin insondable. Et l’amour est réciproque. — Rawley Grau et Christina E. Kramer, « Il est là, ce feu : Le long parcours d'Aco Šopov ».

Interprétation musicale des poèmes « À défaut de lumière » et « Soir » par Andrew Downing (contrebass), Christopher Bagan (piano), Anaïs Kelsey-Verdecchia (soliste soprano), Alison Beckwith (soprano), Anika Venkatesh (mezzo-soprano), Larry Beckwith (tenor), Dion Mazerolle (bass).

Heliconian Hall, Toronto, 14.2.2025

Compositeur: Michael Spiroff