Guérison

D’obscurs nuages rôdent sur la ville,
d’obscurs nuages assiègent la ville.
Ah dieu, dieu de malédiction,
quels sorts m’as-tu jetés,
de quelles nouvelles cruautés,
de quelles nouvelles douleurs m’as-tu accablé
qui tournoient au-dessus de moi tels des charognards affamés
et sillonnent mon âme comme de noires galères.

Mon corps roide, gît abandonné sur la montagne.
Des vapeurs brûlantes montent de mon corps en feu,
embrument les montagnes et les combes,
lors mes yeux ne voient plus rien,
seules, au bas, des houles de rage hurlent et se débattent
pour atteindre le corps roide
et l’emporter au large.

Mais tout est vain, à l’approche du corps, le hurlement
des houles se pétrifie en silence tranquille.
Les vapeurs brûlantes déchirent les vents,
les antres clos de l’ardeur cèdent
et la voix du poète retentit du haut de la montagne :
« Je suis malade, malade et mourant,
une force ténébreuse m’étreint et m’étouffe.
Je suis jeune, mais mon âme a vieilli
d’amour inassouvi pour la Macédoine ».

En entendant ses paroles, le poète tressaillit,
révolté contre lui-même, il s’écria :
qu’attends-tu encore, lève-toi,
ta santé se dissipe sur les routes du monde.
La Macédoine est dans le monde et le monde est en Macédoine.
Tes yeux sont des soleils ardents
et tu n’es pas au bout de ton chant.

Secoué par sa propre voix, le poète se releva
et reprit le voyage.
Le long des routes du monde il voyait le visage de son pays,
lui, miroir du visage du monde.
Des courants de fraîcheur et de bien-être
traversaient la Macédoine,
et les douleurs fondaient
comme de lourdes boules de neige.

Aco Šopov, Arbre sur la colline (Дрво на ридот), 1970
Traduit par Edouard J. MaunickAnthologie personnelle, 1994

Le poème original a initialement été publié dans la revue Razvitok, mars-avril 1979