Masque nègre

Elle dort et repose sur la candeur du sable.
Kumba Tam* dort. Une palme verte voile la fièvre des cheveux, cuivre son front courbe
Les paupières clauses, coupe double et sources scellées.
Ce fin croissant, cette lèvre plus noire et lourde à peine – où le sourire de la femme complice ?
Les patènes des joues, le dessin du menton chantent l’accord muet.
Visage de masque fermé à l’éphémère, sans yeux sans matière
Tête de bronze parfaite et sa patine de temps
Que ne souillent fards ni rougeur ni rides, ni traces de larmes ni de baisers
O visage tel que Dieu t’a créé avant la mémoire même des âges
Visage de l’aube du monde, ne t’ouvre pas comme un col tendre pour émouvoir ma chair.
Je t’adore, ô Beauté, de mon œil monocorde !

Léopold Sédar Senghor, Chants d’ombre, 1945

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* Déesse sérère de la Beauté.