Also available in: Macédonien Anglais
Sang abyssal
Dans les profondeurs, un sang lourd,
on dirait là depuis l’origine des temps.
Peu visible ici sur la crête, dans les brumes torrides.
Étalé malédiction comme cicatrice d’une plaie.
Dans les profondeurs un sang lourd.
Sang épais comme résine noire.
Sang dévorant, sa soif remonte à la genèse.
Il est sang ancien, noir et nu.
Étalé, comme taupe il creuse.
Va de seuil en seuil, fouit la conscience.
Comme la mort infaillible, inexorable,
il comble toute lacune, tout espace.
Dans les profondeurs un sang lourd,
toujours m’ordonnant:
suis moi, sans mot dire,
ne m’abandonne jamais.
Dans les profondeurs un sang terrible,
plus effroyable que menace.
Dans les profondeurs un sang si lourd
qu’on dirait là depuis l’origine des temps.
Aco Šopov, Non-être (Nebidnina), 1963
Traduit par Jasmina Šopova et Édouard J. Maunick, Anthologie personnelle, 1994
„Ce sang bat sans cesse dans les tempes, dans les veines, dans les jambes et dans le sol arpenté, dans le sous-sol tourné et retourné par les enfouissements et par les sépultures ; ce sang, si beau de poème à poème, c’est la sève vivante et douloureuse d’une terre profondément humaine, la sève d’une terre riche, pauvre et féconde, Šopov n’a de cesse de le dire et de le redire. Pas de terre sans eau, pas de vie sans eau. Mais pas de terre humaine sans sang ; non pas le sang cruel des vendetta, mais celui du cycle des vies, celui du grand drame de vivre shakespearien ; montée et effondrement alternés, consécutifs ou même parallèles des puissances et des destins, que soudain un retour de balancier bascule encore. − Yves Bergeret, « Une parole déliée, profonde, limpide et grave ».