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En quête de ma voix
La mer est de pierre
et sauvage son silence quand j’y cherche ma voix.
L’automne reverdit
dans le désert ambré où je la poursuis.
Mes mains ne sont pas mes mains
(elles sont doigts de clair de lune).
Mes yeux ne sont pas mes yeux
(ils sont regard perdu dans l’infini).
Ma parole est dure mâchoire du temps
aux dents de semences qui germent dans les champs.
Aco Šopov, Confondu dans le silence, 1956
Traduit par Jasmina Šopova et Édouard J. Maunick, Anthologie personnelle, 1994
Dans le vers « aux dents de semence qui germent dans les champs », Šopov fait probablement allusion au mythe grec de Cadmos, qui tua un dragon et en sema les dents dans la terre, d’où surgirent ensuite de farouches guerriers armés. Cadmos les provoqua à s’attaquer les uns les autres jusqu’à ce qu’il n’en restât plus que cinq debout. Avec ceux-ci, il fonda la ville de Thèbes. Il y a deux raisons pour lesquelles Šopov a pu s’intéresser tout particulièrement à l’histoire de Cadmos : d’abord parce qu’on attribue à Cadmos l’invention de l’alphabet, et ensuite parce qu’on dit qu’au cours de ses dernières années il voyagea jusqu’en Illyrie, où il fonda la ville de Lychnidos — aujourd’hui connue sous le nom d’Ohrid, sur le lac du même nom, en Macédoine. — Rawley Grau et Christina E. Kramer, « Notes sur les poèmes », dans The Long Coming of the Fire (La longue venue du feu), 2023.