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danse la danse des morts
Chante ton chant céleste,
danse la danse des morts
sur cette tombe où je gis enterré vivant,
privé d’yeux pour te voir,
mais devinant à travers la terre,
le flot de ta beauté.
Ta beauté qui donne un sens au cours des fleuves
et dompte les eaux de l’océan,
ta beauté qui fait tourner les deux saisons
comme deux manèges funestes :
manège de la sécheresse, manège de l’hivernage.
(Pris, un jour, dans le vertige du manège de la sécheresse,
alors que les animaux crevaient le long des routes,
mon esprit se troubla et je perdis connaissance.
Encore vivant,
on m’enterra près de la Maison des esclaves).
Ta beauté qui roule jusqu’à moi comme délivrance,
jusqu’à cette tombe où je gis enterré vivant,
où je délire, peu à peu, lentement
– toujours aux yeux des gens, amer bouffon –
car je n’ai pas d’yeux pour te voir,
ni la force de te toucher,
de m’abriter dans ta beauté,
dans cette enceinte qui respire la santé.
Aco Šopov, deuxième chant du « Chant de la signare », dans Au pays du rêve de la femme noire, 1976
Traduit par Jasmina Šopova et Édouard J. Maunick, Anthologie personnelle, 1994