Also available in: Macédonien

C’est cinq heures

C’est cinq heures, tu dirais, le thé. Dix-sept heures.
Ta lettre de pain tendre, douce comme le beurre, sage comme le sel.
Et la lumière sur la mer trop verte et bleue
Et la lumière sur Gorée sur l’Afrique noire blanche mais rouge.
Il y a – pourquoi le Dimanche ? – la guirlande des bateaux blancs
Vers les rivières du Sud, vers les fjords du Grand Nord.
Ta lettre telle une aile, claire parmi les mouettes voiliers.

Il fait beau, il fait triste.
Il y a Gorée, où saigne mon cœur mes cœurs.
La maison rouge à droite, brique sur basalte
La maison rouge du milieu, petite, entre deux gouffres d’ombre et de lumière
Il y a ah ! la haute maison rouge, où saigne si frais mon amour, comme un gouffre
Sans fond. Là-bas à gauche au nord, le fort d’Estrées**
Couleur de sang caillé d’angoisse.

Léopold Sédar Senghor, Lettres d’hivernage, 1973
Repris dans Senghor – Šopov : Parallèles, Sigmapres, 2006

Gorée : Ile au large de Dakar d’où les esclaves furent embarqués dans des galères en direction du Nouveau Monde. Elle abrite la Maison des esclaves, dont parle notamment Šopov dans « La lumière des esclaves »

Le fort d’Estrées : Fort datant de la Première Guerre mondiale.