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Aco Šopov : Non-être, Skopje, 1963

Aco Šopov : Non-être, 1963

« Le dernier recueil de poèmes que j’ai préparé pour la presse s’intitule Nebidnina », déclarait Aco Šopov dans un entretien en 1962, un an avant la parution de ce livre, considéré comme l'un des chef d'ouvres de la poésie macédonienne du 20ème siècle. « Avec ce titre, j’ai voulu mettre en évidence un paradoxe : la poésie, pour autant que nous la percevions et la concevions comme essentielle, comme supérieure à ce que nous entendons habituellement par le mot vie, dans ses diverses manifestations, n’est cependant pas en mesure, même lorsqu’elle épouse les formes les plus abouties et atteint les sommets de la perfection, d’embrasser toute la richesse et toute la complexité de ce mot.»

Deux ans après la publication de ce recueil, Šopov déclarait dans un autre entretien : « Dans "Nebidnina", j’ai essayé de résoudre le problème de l’aliénation. L’aliénation, non comme un concept abstrait, non comme une catégorie psychologique, mais cette aliénation qui est liée à cette terre et à cette région. En même temps, je ne voulais ni ne pouvais lui donner un caractère régional. »

Forgé par Šopov et devenu depuis une notion assez couramment employée dans la littérature, voire dans la langue de tous les jours, le mot « nebidnina » a fait couler beaucoup d'encre. Critiques et traducteurs littéraires n'ont cessé de s'interroger sur les multiples sens qu'il recèle. Traduit par « non-être », « noser », « not-being » (à partir des années 1990), après avoir été traduit par « néant », « nada », « fate » (dans les années 1970), « nebidnina » dit l’impossibilité d’être mais aussi, pour reprendre une des tentatives d’explication de son auteur, en 1979, « l’accomplissement par l’inaccomplissement ».

« Il existe de nombreuses traductions, plus ou moins réussies de ce mot », disait-il en 1976, « mais aucune ne parvient à exprimer sa quintessence. Pour moi, ce mot dit le destin de notre peuple : ses luttes et souffrances, ses aspirations et idéaux inaccomplis, ses amours et ses peines.»

Au fil du temps, la notion de « nebidnina » est de devenue une sorte de synonyme de la poésie de Šopov.

Le recueil a connu cinq rééditions et a été intégralement repris dans de nombreux recueils de poèmes choisis de Šopov. Tous les poèmes ont été traduits en français.