Also available in: Macédonien

Masque nègre

À Pablo Picasso

Elle dort et repose sur la candeur du sable.
Kumba Tam dort. Une palme verte voile la fièvre des cheveux, cuivre son front courbe
Les paupières clauses, coupe double et sources scellées.
Ce fin croissant, cette lèvre plus noire et lourde à peine – où le sourire de la femme complice ?
Les patènes des joues, le dessin du menton chantent l’accord muet.
Visage de masque fermé à l’éphémère, sans yeux sans matière
Tête de bronze parfaite et sa patine de temps
Que ne souillent fards ni rougeur ni rides, ni traces de larmes ni de baisers
O visage tel que Dieu t’a créé avant la mémoire même des âges
Visage de l’aube du monde, ne t’ouvre pas comme un col tendre pour émouvoir ma chair.
Je t’adore, ô Beauté, de mon œil monocorde !

Léopold Sédar Senghor, Chants d’ombre, 1945
Repris dans Senghor – Šopov : Parallèles, Sigmapres, 2006

Kumba Tam: Déesse sérère de la beauté.