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chante ton chant céleste
Chante ton chant céleste,
Signare aux yeux violettes sur charpente noire.
Ta gorge rivalise avec la fureur de l’océan,
avec les tempêtes de sable du désert,
tes yeux sont source vive,
estuaire de tous les fleuves d’Afrique
où navigue la galère négrière en retard
de ma tête embrasée,
aux yeux abîmes béants, aux yeux tunnels sans issue,
éclairant son chemin de nuit et d’obscur,
alors qu’autour tout est ébloui de clarté
et de soleil, soleil, soleil !
Le soleil assiège le crâne,
la tête brûle, s’embrase, jusqu’à l’incandescence,
seuls les deux trous froids, les deux tunnels sans issue
vomissent une pâte noire de nuit et d’obscur
qui brouille sa course
et rend vaine sa quête de la terre jamais promise.
Aco Šopov, premier chant du « Chant de la signare », dans Au pays du rêve de la femme noire, 1976
Traduit par Jasmina Šopova et Édouard J. Maunick, Anthologie personnelle, 1994