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c’est le destin qui m’a fait découvrir ce lieu

Laissez-moi ici, mes frères noirs,
je l’aurais cherché, je ne l’aurais pas trouvé ce lieu
que m’a fait découvrir le hasard,
où m’a conduit ma passion du voyage par les détours secrets
mais incontournables de l’histoire,
ma soif des sources originelles de la terre,
ma faim de la jeunesse difficile de l’humanité.
C’est mon instinct ancestral qui m’a conduit en ce lieu
et son sûr murmure me soufflant que tout est semblable,
peu importe la forêt, peu importe le nom d’arbre :
baobab, chêne ou bouleau.

Autour du baobab, des villages entiers
se rassemblent, mais ne l’entourent pas,
son tronc abrite les morts debout
qui palabrent en secret avec leur fils vivants,
et les morts, personne n’a jamais pu les entourer ;
les jeunes lierres grimpent autour du chêne et dansent,
ils le soûlent de leur sève et l’abreuvent d’éternelle jeunesse,
et la sève du lierre, personne n’a jamais pu la tarir ;
autour du bouleau, des jeunes filles – belles signares du Nord –
racontent des histoires d’amour
immense comme leur terre, profond comme leur âme,
et les histoires d’amour, personne ne s’en est jamais lassé.

Laissez-moi ici, mes amis,
c’est ma passion qui m’a poussé vers ce lieu,
pour y trouver l’image première de mon visage
perdue dans les méandres obscurs du temps,
mais vivante et puissante comme l’inspiration.
Laissez-moi ici, laissez-moi ici.
C’est le destin qui m’a conduit en ce lieu.

Aco Šopov, premier chant de « La lumière des esclaves », dans Au pays du rêve de la femme noire, 1976
Traduit par Jasmina Šopova et Édouard J. MaunickAnthologie personnelle, 1994