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le secret du tam-tam

Sombre le ciel, sombre l’océan,
mais plus sombre encore la terre.
Tout s’est abrité dans l’antre sourd du soir.
Mais soudain, le son du tam-tam le traverse de sa balle de feu
et sa blessure saigne comme les lèvres pourpres de l’aurore.
Le tam-tam garde le secret de la vie,
arrache les vivants de leur sommeil le plus profond,
ramène les morts dans la ronde des vivants,
et les esclaves ressuscitent de la pierre
pour reprendre leur vie trop tôt brisée.
Le tam-tam, vin de palme, les enivre tous :
nature, homme, eau, plante, tout titube,
le tam-tam est fête à la gloire de la vie,
le tam-tam est résurrection de tout.

Dès qu’il s’annonce, le jour se lève
et tous sursautent, mus par leur sang vif,
morts et vivants, malades et mourants,
la ronde serpente à travers villages et savanes,
le long des fleuves, parmi des forêts vierges ;
battement sans fin,
il se hisse dans le ciel, jusqu’au soleil ;
là, où au cœur du feuillage des arbres géants,
souriant, le Père les contemple.

Alors la Maison des esclaves se fait riche palais
et arène où défilent solennels les esclaves d’antan
venus en habits de princes du Mali,
tournoyer pour leurs signares élues.

Аco Šopov, extrait de « La lumière des esclaves » dans Pоème de la femme noire (Песна на црната жена), 1976
Traduit par Edouard J. MaunickAnthologie personnelle, 1994

Écoutez le poème original en macédonien, extrait du film « Baobab : danses sous le feuillage »  (Ministère de la Culture)