Le poème et l’âge

Ton âge mon âge
deux rives,
deux pierres,
deux absences.

Ton âge mon âge
ton âge dans mes orages,
mon âge dans ton étreinte.

Sois béni, poème le plus secret.
Tu nous fais de même sagesse,
et dans l’âge nous confonds.
Sois béni absence,
dans le temps qui ne vieillit pas.

Ton âge mon âge
à nous seuls notre âge.
Tu avances pas à pas,
de chagrin en chagrin
le long de mon âge,
j’avance pas à pas
de chagrin en chagrin
le long de ton âge.
Sans fin, sans accomplissement.

Toi, dans ma chimère,
moi, dans le complot de tes rêves.

Sois béni temps
à jamais immuable,
nous t’offrons nos yeux
hier de terre,
aujourd’hui de ciel,
demain de terre et de ciel.

Sois béni, poème le plus insolite
tu nous fais de même sagesse,
et dans l’âge nous confonds.

Ton âge mon âge
deux rives,
deux pierres,
deux absences.

Аco ŠopovNon-être (Небиднина), 1963
Traduit par Edouard J. MaunickAnthologie personnelle, 1994
L’original macédonien a été initialement publié dans la revue Sovremenost XIII, 4, 1963