Lac près du monastère

Noirs cavaliers, blanche cavalerie.
Sur le mur, de cruels guerriers aux visages de saints.

Désordre de vagues. Désordre de chevaux. Un Arabe noir les pourchasse.
Sur la rive une jeune femme ; la rive chancelle.

Sur la rive une jeune femme ; la rive s’écroule.
Le soleil se pose sur une lance de légende.

Vent cavalier, cavalerie bourrasque,
eau double, nous sommes de même âge, mais non de même monde.

Eau qui sourd du cœur de la fresque,
ma gorge est de soleil, mes yeux grappes de fièvre.

La jeune femme demeure sur la rive qui chancelle.
Le soleil s’enferre sur la lance de légende.

La parole toute-puissante se disperse et te cherche,
pour retentir en toi comme une pièce de monnaie d’or.

L’eau s’en retourne à la fresque sur le mur,
emportant la parole et le feu des hauteurs.

Aco Šopov, Cinérémancien (Гледач во пепелта), 1970
Traduit par Edouard J. Maunick, Anthologie personnelle, 1994