La maison du rêve

Vous m’avez condamné à rester chez moi, mes chers amis,
enfermé dans ma sombre douleur,
à ne pas sortir à l’aube quand l’aurore s’ouvre comme une rose rouge
et que le ciel entier devient une immense braise.
Vous m’avez condamné à rester chez moi. Soit.
J’y resterai autant que je pourrai,
j’invoquerai la braise des roses rouges :
qu’elle embrase toutes les entrailles froides,
tous ceux qui ont faim de rêves rouges.

Vous m’avez condamné à rester chez moi
et je resterai là tranquille.
Mais où est la maison du rêve ? Et qui interdira au rêve
de se hisser plus haut que l’aurore,
de se lever plus vite que le vent,
puis, une fois épuisé, qui l’empêchera de s’endormir
avec les plus rouges, avec les plus humbles des roses ?

Aco ŠopovArbre sur la colline (Дрво на ридот), 1970
Traduit par Edouard J. MaunickAnthologie personnelle, 1994