Jeunesse

Chaque matin, je me réveille jeune comme soleil
qui allume les flots du songe.
Quelle paix, cette jeunesse sans cesse revenue,
de quelle somme d’espoir elle me comble !

Mais fugaces sont les moments du matin
et voici que déjà midi est là ;
sourde, lente, une pensée s’insinue
et vient brouiller le jour limpide. 

La nuit, comme dans un miroir,
lorsque le passé et l’avenir se rencontrent,
dans le noir me pourchasse impitoyable
le regard vigilant de la vérité.

Mais chaque lendemain, le soleil me réveille,
il rajeunit les flots du songe,
et je ne sais si par amour ou par haine,
me lègue jeunesse en récompense de tout.

Aco Šopov, Confondu dans le silence (Слеј се со тишината), 1955
Traduit par Edouard J. MaunickAnthologie personnelle, 1994