Deuxième prière de mon corps

Corps jeté comme un pont entre deux rives,
corps vivant des aubes de tes désirs,
demain rien n’aura changé,
sinon les deux traces des deux rafales violentes,
corps jeté comme un pont entre deux rives.

Corps jeté comme un pont fort de sa longue attente
de quelque luron qui passe et derechef l’éveille…
Épanche-toi, telle une rivière domptée,
que bleu de douceur résonne dans toutes ses arches
ce corps jeté comme un pont patient dans sa longue attente.

Corps livré comme un pont au pouvoir des vagues,
afin d’y retrouver son visage oublié,
au bout de toutes veilles, de toutes marées,
vrai réverbère de tous les vœux illusoires,
corps livré comme un pont au pouvoir des vagues.

Аco ŠopovNon-être (Небиднина), 1963
Traduit par Edouard J. Maunick, Anthologie personnelle, 1994