Cinquième prière de mon corps

Tu n’en finis pas d’arpenter ce corps, ces hauteurs de désarroi,
vent du silence, grand sphinx du rêve, mal régénéré.
Jusqu’où m’envahir plus encore ? Arrête-toi, hantise,
repose-toi sur cette pierre, roc noir, dans cette steppe.

Tu n’en finis pas d’émerger de ce corps, de cette sinistre houle,
danseuse des eaux intimes, des eaux indomptées.
Toi seule demeures là telle une native natale
et danses sur ce corps qui t’a enfantée dans la colère.

À présent prisonniers de la danse, de la ronde,
portés par une marée obscure d’outre-terre,
toute une vie déjà nous voyageons ensemble
et pourtant, chacun garde jalousement ses biens.

Аco ŠopovNon-être (Небиднина), 1963 
Traduit par Edouard J. MaunickAnthologie personnelle, 1994