Baobab

Le village entier est tout autour mais ne l’entoure pas.
Arbre de vie. Temple des morts. Baobab.
Le village entier est tout autour mais ne l’entoure pas.
Tronc immense. Branches courtes. Prière paisible pour la pluie.
Mais les pluies ne viennent pas.

Seule une femme en bleu indigo, femme noire vêtue de bleu indigo,
le corps serré contre l’arbre,
connaît toutes les magies de la pluie
mais en garde le secret.

Le soleil plonge dans le ventre de la terre.
La terre est soleil, le soleil est terre, tout brûlera de soif.
Seul l’immense baobab défie la canicule,
dans la paix de sa prière pour la pluie.
Mais les pluies ne viennent pas.

On croit qu’il va tomber tant le sec assiège ses tempes.
Or soudain il se redresse,
s’ébranle de toutes ses racines.
La magie de la femme noire le dresse contre la nature.
Il puise au profond de sa sève,
tout son être s’éclaire,
il éclate en feuilles…
Pleur vert et prière pour la pluie.
Mais les pluies ne viennent pas.

Le village est tout autour mais ne l’entoure pas.
Arbre de vie. Temple des morts. Patrie.

Аco Šopov, Pоème de la femme noire (Песна на црната жена), 1976. 
Traduit par Edouard J. MaunickAnthologie personnelle, 1994