Au pays du rêve de la femme noire

Olive noire ton corps,
bronze le plus sombre, timbre le plus profond,
cadence de tam-tam et de koras de tes aïeux.
Une charrue invisible laboure ton ciel
et du fond des noirs sillons,
les aurores naufragées surgissent en éclairs.

Rythme inlassable ton corps,
battement du sang de l’océan,
sombre lueur qui me guide
par un étroit et périlleux sentier
qui me harcèle depuis l’enfance,
et dès avant l’enfance,
dès le ventre maternel,
dès les prémices les plus inconscientes.
Désormais je sais qu’il n’est de chant pour te célébrer,
tu es toi-même le cantique des cantiques.

Terrifié et terrible,
sous le ciel de ton corps,
je me dresse envoûté par tes noires magies.
Toi ma douleur, toi mon bonheur,
tu me dis : je suis ta nuit et ton éternelle lune,
sois tranquille, tu resteras ici,
mon rêve est plus terrible que la plus terrible rébellion.

Lune, noire lune,
prisonnier de tes magies,
je n’ai plus de parole pour te contredire,
je n’ai plus de force pour te combattre.
Lune, noire émeute
blessure béante, inguérissable,
je plonge et m’engloutis dans ton rêve
comme le soleil noir dans l’océan.

Аco Šopov, Pоème de la femme noire (Песна на црната жена), 1976
Traduit par Edouard J. MaunickAnthologie personnelle, 1994