{"id":105087,"date":"2025-05-19T03:10:10","date_gmt":"2025-05-19T01:10:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.acosopov.com\/%d1%81%d0%b5%d0%bd%d0%b3%d0%be%d1%80-%d1%88%d0%be%d0%bf%d0%be%d0%b2-%d0%bf%d0%b5%d1%80%d1%84%d0%be%d1%80%d0%bc%d0%b0%d0%bd%d1%81-2025\/"},"modified":"2026-02-18T00:38:45","modified_gmt":"2026-02-17T23:38:45","slug":"senghor-sopov-performance-2025","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/evenements\/portail-ouvert-du-moulin-lyrique-le-projet\/senghor-sopov-performance-2025\/","title":{"rendered":"Senghor \u2013 \u0160opov : Parall\u00e8les avec points d&rsquo;intersection &#8211; performance"},"content":{"rendered":"\n<h1>\n\t\t\tSenghor &#8211; \u0160opov : Parall\u00e8les avec points d&rsquo;intersection &#8211; Performance\t<\/h1>\n<figure itemscope itemtype=\"https:\/\/schema.org\/ImageObject\">\n\t\t\t\t<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.acosopov.com\/wp-content\/uploads\/Senghor-Sopov-Performance-WEB.jpg\" alt=\"Senghor-S\u030copov-Performance-WEB\" height=\"687\" width=\"1024\" title=\"Senghor-S\u030copov-Performance-WEB\" onerror=\"this.style.display='none'\" loading=\"lazy\" \/>\n\t<\/figure>\n\tLa performance po\u00e9tique \u00ab Senghor &#8211; \u0160opov : Parall\u00e8les avec points d&rsquo;intersection \u00bb\u00a0rend hommage \u00e0 ces deux po\u00e8tes majeurs du XX\u1d49 si\u00e8cle, n\u00e9s en des lieux tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s mais unis par de profondes affinit\u00e9s \u00e9thiques et esth\u00e9tiques. Il montre qu&rsquo;en po\u00e9sie \u00ab 2 + 2 = 5 \u00bb, selon la formule d&rsquo;Aim\u00e9 C\u00e9saire, et que les parall\u00e8les peuvent se croiser.\nLe sc\u00e9nario de Jasmina \u0160opova s&rsquo;inspire du livre <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/bibliotheque\/recueils-traduits\/senghor-sopov-paralleles-2006\/\"><em>Senghor &#8211; \u0160opov : Parall\u00e8les<\/em><\/a> (Skopje, Sigmapres, 2006), publi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occasion de la <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/evenements\/2006-annee-senghor-en-macedoine\/\">c\u00e9l\u00e9bration de l&rsquo;Ann\u00e9e Senghor en Mac\u00e9doine<\/a>.\nLa performance est au <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/evenements\/programme-moulin-lyrique-2026\/\">programme du Portail ouvert du Moulin lyrique 2026<\/a>, \u00e0 Metz-le Comte, dans la Ni\u00e8vre, samedi 17 juin 2026.\nUn an auparavant, elle avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e au public des Journ\u00e9es de la po\u00e9sie 2025, organis\u00e9es en par la <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/fondation\/\">Fondation Aco \u0160opov \u2212 Po\u00ed\u00easis<\/a>, \u00e0 Skopje, la capitale mac\u00e9donienne. Fa\u00e7on de marquer le demi-si\u00e8cle qui s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9 depuis la remise de la Couronne d&rsquo;or des Soir\u00e9es po\u00e9tiques de Struga \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/evenements\/portail-ouvert-du-moulin-lyrique-le-projet\/senghor\/\">L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor<\/a>. Le po\u00e8te s\u00e9n\u00e9galais, membre de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, \u00e9tait \u00e0 cette \u00e9poque pr\u00e9sident du S\u00e9n\u00e9gal. Il s&rsquo;\u00e9tait li\u00e9 d&rsquo;amiti\u00e9 avec <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/vitrine\/\">Aco \u0160opov, <\/a>ambassadeur de Yougoslavie au S\u00e9n\u00e9gal, de 1971 \u00e0 1975. Po\u00e8te de renom, celui-ci avait doubl\u00e9 sa mission diplomatique d&rsquo;une mission po\u00e9tique : il a traduit un important volume des <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/senghor-poesie-1975\/\">po\u00e8mes de Senghor<\/a> en mac\u00e9donien et a initi\u00e9 l&rsquo;attribution du prix au festival de Struga.\nInterpr\u00e9t\u00e9e par Nikola Ristanovski et Igor D\u017eambazov, deux acteurs-vedettes du Th\u00e9\u00e2tre national mac\u00e9donien, avec l&rsquo;accompagnement musical de Petar Rend\u017eov, cette performance a cl\u00f4tur\u00e9 la c\u00e9r\u00e9monie d&rsquo;ouverture de la deuxi\u00e8me \u00e9dition des Journ\u00e9es de la po\u00e9sie, le 19 mai 2025.\n<h2>\n\t\t\tSc\u00e8nes de la performance \u00e0 Skopje\t<\/h2>\n<h2>\n\t\t\tSc\u00e9nario de la performance\t<\/h2>\n\tSENGHOR<br \/>\nNuit d&rsquo;enfance, Nuit bleue Nuit blonde \u00f4 Lune !<br \/>\nNuit d&rsquo;enfance extr\u00eame,\u00a0dense comme la poix. La peur courbait les dos sous les rugissements des lions<br \/>\nCourbait les hautes herbes le silence sournois de cette nuit.<br \/>\nFeu de branches toi feu d&rsquo;espoir ! p\u00e2le m\u00e9moire du Soleil qui rassurait mon innocence<br \/>\n\u00c0 peine \u2212 il me fallait mourir. Je portais ma main \u00e0 mon cou, comme la vierge qui frissonne \u00e0 l&rsquo;horreur de la mort.<br \/>\nIl me fallait mourir \u00e0 la beaut\u00e9 du chant \u2212 toutes choses d\u00e9rivent au fil de la mort.<br \/>\nVoyez le cr\u00e9puscule \u00e0 la gorge de tourterelle, quand roucoulent bleues les palombes<br \/>\nEt volent les mouettes du r\u00eave avec des cris plaintifs.\n\u0160OPOV<br \/>\nPo\u00e8me, je t&rsquo;ai arrach\u00e9 au bec de l&rsquo;oiseau qui vole dans mon sang,<br \/>\nau ciel rutilant de mes veines en feu,<br \/>\nvaisseaux entre deux mondes irr\u00e9conciliables,<br \/>\nsoleils levants aux phases ayant gard\u00e9 leur \u00e9nigme.\nSENGHOR<br \/>\nAh ! mourir \u00e0 l&rsquo;enfance, que meure le po\u00e8me se d\u00e9sint\u00e8gre la syntaxe, que s&rsquo;ab\u00eement tous les mots qui ne sont pas essentiels.\n\u0160OPOV<br \/>\nConsume-toi po\u00e8me dans le feu par toi-m\u00eame allum\u00e9.<br \/>\nLa parole explose dans le silex et se dissipe en cendres.<br \/>\nVoyant, as-tu reconnu dans les cendres le drame originel<br \/>\nqui remonte du fond de cette source sombre\u00a0?\nSENGHOR<br \/>\nMa\u00eetre des Initi\u00e9s, j&rsquo;ai besoin je le sais de ton savoir pour percer le chiffre des choses (&#8230;)<br \/>\nLe chant n&rsquo;est pas que charme (&#8230;)<br \/>\nLe po\u00e8me est oiseau-serpent, les noces de l&rsquo;ombre et de la lumi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;aube<br \/>\nIl monte Ph\u00e9nix ! il chante les ailes d\u00e9ploy\u00e9es, sur le carnage des paroles.\n\u0160OPOV<br \/>\nNous sommes \u00e0 pr\u00e9sent deux mondes, deux diables, deux ennemis en guerre,<br \/>\nnous sommes guerre sans issue et poignard contre poignard.<br \/>\nQui est vaincu ? Qui est vainqueur ? Pour qui l&rsquo;aube aux plaies insens\u00e9es ?\nSENGHOR<br \/>\nSorcier qui dira la victoire ! (&#8230;)\nEt c&rsquo;est l&rsquo;heure des peurs primaires, surgies des entrailles d&rsquo;anc\u00eatres.<br \/>\nArri\u00e8re inanes faces de t\u00e9n\u00e8bre \u00e0 souffle et mufle mal\u00e9fiques !<br \/>\nArri\u00e8re par la palme et l&rsquo;eau, par le Diseur-des-choses-tr\u00e8s-cach\u00e9es !<br \/>\nMais informe la b\u00eate dans la boue f\u00e9conde qui nourrit ts\u00e9ts\u00e9s stegomyas<br \/>\nCrapauds et trigonoc\u00e9phales, araign\u00e9es \u00e0 poison ca\u00efmans \u00e0 poignards.\n<p>Quel choc soudain sans \u00e9clat de silex !<\/p>\n\u0160OPOV<br \/>\nFant\u00f4me d&rsquo;\u00e9toile, \u00e9toile d&rsquo;angoisse froide,<br \/>\ndisparais avec les Parques et fuis avec les mythes.<br \/>\nSous cet arbre dont l&rsquo;\u00e9corce est incrust\u00e9e de si\u00e8cles de paroles,<br \/>\nun feu d&rsquo;enfer s&rsquo;allume et des racines affam\u00e9es flambent.\nSENGHOR<br \/>\nQuel choc soudain sans \u00e9clat de silex ! Quel choc et pas une \u00e9tincelle de passion.<br \/>\nLes pieds de l&rsquo;Homme lourd patinent dans la ruse, o\u00f9 s&rsquo;enfonce sa force jusques \u00e0 mi-jambes.<br \/>\nLes feuilles les lient des plantes mauvaises. Plane sa pens\u00e9e dans la brume.<br \/>\nSilence de combat sans \u00e9clats de silex&#8230;\n\u0160OPOV<br \/>\nQui es-tu, corps balafr\u00e9, lourd de la poussi\u00e8re des \u00e2ges,<br \/>\nd&rsquo;un temps sans retour, jadis \u00e9vanoui,<br \/>\nqui, \u00e0 la place d&rsquo;un visage d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et d\u00e9fait,<br \/>\narbore une loi cruelle, pour toi et ta tribu ?\nSENGHOR<br \/>\nDes griffes paraphent d&rsquo;\u00e9clairs son dos de nuages houleux<br \/>\n(mais&#8230;)<br \/>\nForce de l&rsquo;Homme lourd les pieds dans le potopoto f\u00e9cond<br \/>\nForce de l&rsquo;Homme les roseaux qu&#8217;embarrassent son effort.<br \/>\nSa chaleur la chaleur des entrailles primaires, force de l&rsquo;Homme dans l&rsquo;ivresse<br \/>\nLe vin chaud du sang de la B\u00eate, et la mousse p\u00e9tille dans son c\u0153ur<br \/>\nH\u00e9 ! vive la bi\u00e8re de mil \u00e0 l&rsquo;Initi\u00e9 !\nUn long cri de com\u00e8te traverse la nuit, une large clameur rythm\u00e9e d&rsquo;une voix juste.<br \/>\nEt l&rsquo;Homme terrasse la B\u00eate de la glossolalie du chant dans\u00e9.\n\u0160OPOV<br \/>\nPrisonnier de ta parole, de ses n\u0153uds inextricables,<br \/>\nannonce-toi dans le silence qui tonne, exprime-toi par ton regard muet,<br \/>\net comme un guerrier inutile aux yeux noirs de terre,<br \/>\ntourne-toi vers l&rsquo;orbe d&rsquo;or et, triomphal, dispara\u00eet.\n\u00c9toile des premiers temps, \u00e9toile des proph\u00e8tes et des miracles,<br \/>\nd\u00e9sagr\u00e8ge-toi dans le po\u00e8me, ab\u00eeme-toi dans les profondeurs de la parole,<br \/>\nautant que perdure dans le sang cette folle clart\u00e9,<br \/>\nce feu souterrain, inextinguible.\nSENGHOR<br \/>\n\u00c9coutez les abois balles des chiens dans les halliers noirs de mon ventre.<br \/>\nEt il faut retenir mon sang au bout long de sa laisse de cinabre<br \/>\nLe fils de l&rsquo;Homme fils du Lion, qui rugit dans le dos creux des collines<br \/>\nIncendiant cent villages alentour de sa voix m\u00e2le d&rsquo;Harmattan.\nJ&rsquo;irai bondissant par-dessus collines, for\u00e7ant la peur des vents des steppes<br \/>\nd\u00e9fiant les fleuves-mers, o\u00f9 se noient les corps vierges dans les bas-fonds de leur angoisse.<br \/>\nOr je remonterai le ventre doux des dunes et les cuisses rutilantes du jour<br \/>\nJusqu&rsquo;aux gorges ent\u00e9n\u00e9br\u00e9es, o\u00f9 tuer d&rsquo;un coup bref le faon ray\u00e9 du r\u00eave.\n\u0160OPOV<br \/>\nDe la gorge muette des poissons, monte in\u00e9luctable<br \/>\nle chant de ceux qui tournent sans tr\u00eave tels des h\u00e9lianthes d&rsquo;eau.\nAu bas de cette tour, viens attiser la braise<br \/>\nsous les ailes de l&rsquo;oiseau d&rsquo;eau,<br \/>\nle frisson de la moindre fleur y berce tous les si\u00e8cles,<br \/>\net prom\u00e8ne l&rsquo;ombre immense d&rsquo;anciens visages.\nSENGHOR<br \/>\nLa tornade rase ses reins et couche les gramin\u00e9es de son sexe<br \/>\nLes ka\u00efc\u00e9drats sont \u00e9mus dans leurs racines douloureuses<br \/>\nMais l&rsquo;Homme enfonce son \u00e9pieu de foudre dans les entrailles de lune dor\u00e9es tr\u00e8s tard.<br \/>\nLe front d&rsquo;or dompte les nuages, o\u00f9 tournoient des aigles glac\u00e9s,<br \/>\nO pens\u00e9e qui lui ceint le front ! La t\u00eate du serpent est son \u0153il cardinal.\n<p>La lutte est longue trop ! dans l&rsquo;ombre, longue des trois \u00e9poques de nuit mill\u00e9sime.<\/p>\n\u0160OPOV<br \/>\nLes entrailles rugissent, l&rsquo;\u00e9clair les d\u00e9chire comme il d\u00e9chire le ciel dru,<br \/>\nle monde est d\u00e9racin\u00e9, les vielles charni\u00e8res craquent,<br \/>\nparmi l&rsquo;argenture des vagues tout s&rsquo;\u00e9croule,<br \/>\ns&rsquo;\u00e9vanouit et meurt comme devant des seins \u00e9panouis.\nPleurez eaux, hurlez entrailles, hurle globe enflamm\u00e9.<br \/>\nLa saison des orages est la seule vraie saison.<br \/>\nSous ton corps, la terre s&rsquo;allonge harass\u00e9e<br \/>\net le noir cavalier vient cueillir son fruit.\nSENGHOR<br \/>\nSilence silence sur l&rsquo;ombre&#8230; Sourd tam-tam&#8230; tam-tam lent&#8230; lourd tam-tam&#8230; tam-tam noir&#8230;\n\u0160OPOV<br \/>\nSilence, silence, silence dans la jeune for\u00eat&#8230;<br \/>\nFeu et brasier. Feu et brasier.\n<p><em>Intermezzo musical<\/em><\/p>\nSENGHOR<br \/>\nJe suis seul dans la plaine<br \/>\nEt dans la nuit<br \/>\nAvec les arbres recroquevill\u00e9s de froid<br \/>\nQui, coudes au corps, se serrent les uns tout contre les autres.\nJe suis seul dans la plaine<br \/>\nEt dans la nuit<br \/>\nAvec les gestes de d\u00e9sespoir path\u00e9tique des arbres<br \/>\nQue leurs feuilles ont quitt\u00e9s pour des \u00eeles d&rsquo;\u00e9lection.\nJe suis seul dans la plaine<br \/>\nEt dans la nuit.\nJe suis la solitude des poteaux t\u00e9l\u00e9graphiques<br \/>\nLe long des routes<br \/>\nD\u00e9sertes.\n\u0160OPOV<br \/>\nNuit. Dans la nuit, \u00e9cailles de lune.<br \/>\nMuet, l&rsquo;horizon d\u00e9vale la pente de la montagne.\nJ&rsquo;ai march\u00e9 seul jusqu&rsquo;\u00e0 la montagne.<br \/>\nTout un monde est derri\u00e8re moi, un vieux tourment.\nMais voici que dans les branches souffle une rumeur secr\u00e8te :<br \/>\ntes d\u00e9sirs les plus secrets, tout est mis \u00e0 nu.\nEt l\u00e0, au pied de la montagne, dans cette plaine,<br \/>\nl&rsquo;horizon respire, on peut le toucher.\nL&rsquo;espace d&rsquo;une seconde&#8230; et tout dispara\u00eet. Songe et chemin. Horizon.<br \/>\nJe suis seul. En haut du sentier : \u00e9cailles de lune.\nSENGHOR<br \/>\nElle dort et repose sur la candeur du sable.<br \/>\nKumba Tam dort. Une palme verte voile la fi\u00e8vre des cheveux, cuivre son front courbe<br \/>\nLes paupi\u00e8res clauses, coupe double et sources scell\u00e9es.<br \/>\nCe fin croissant, cette l\u00e8vre plus noire et lourde \u00e0 peine &#8211; o\u00f9 le sourire de la femme complice ?<br \/>\nLes pat\u00e8nes des joues, le dessin du menton chantent l&rsquo;accord muet.<br \/>\nVisage de masque ferm\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, sans yeux sans mati\u00e8re<br \/>\nT\u00eate de bronze parfaite et sa patine de temps<br \/>\nQue ne souillent fards ni rougeur ni rides, ni traces de larmes ni de baisers<br \/>\nO visage tel que Dieu t&rsquo;a cr\u00e9\u00e9 avant la m\u00e9moire m\u00eame des \u00e2ges<br \/>\nVisage de l&rsquo;aube du monde, ne t&rsquo;ouvre pas comme un col tendre pour \u00e9mouvoir ma chair.<br \/>\nJe t&rsquo;adore, \u00f4 Beaut\u00e9, de mon \u0153il monocorde !\n\u0160OPOV<br \/>\nVoici ce lieu, cette beaut\u00e9 assi\u00e9g\u00e9e,<br \/>\ncette mort miracle de bleu et de blanc,<br \/>\nde bleu et de blanc dans les yeux du vent,<br \/>\nvoici ce vagabond, ce corps.\nVoici ce lieu, cette beaut\u00e9 vuln\u00e9rable<br \/>\nface \u00e0 tous les pr\u00e9sents, \u00e0 tous les pass\u00e9s,<br \/>\nface \u00e0 ta sombre inqui\u00e9tude du commencement,<br \/>\nces vallons dont on ne voit pas la fin.\nSENGHOR<br \/>\nTa taille entre mes coudes, je contemple j&rsquo;ai travers\u00e9 mon pont de courbes harmonieuses<br \/>\nJe monte cueillir les fruits fabuleux de mon jardin, car tu es mon \u00e9chelle de Jacob.<br \/>\nQuand ta bouche odeur de goyave m\u00fbre, tes bras m&#8217;emprisonnent contre ton c\u0153ur et ton r\u00e2le rythm\u00e9<br \/>\nLors je cr\u00e9e le po\u00e8me\u00a0: le monde nouveau dans la joie pascale.<br \/>\nOui\u00a0! elle m&rsquo;a bais\u00e9 du baiser de sa bouche<br \/>\nLa noire et belle, parmi les filles de J\u00e9rusalem.\n\u0160OPOV<br \/>\nCette danse est ton \u0153uvre, ce rythme natal.<br \/>\nD&rsquo;un pays sauvage, ton sang me h\u00e8le, d&rsquo;un pays lointain :<br \/>\n\u00ab Vers ton corps, roide, je me pr\u00e9cipite,<br \/>\nmoi l&rsquo;inconnue, chute sourde de clair de lune.\nDessus ton front paissent des cerfs effar\u00e9s,<br \/>\ntes bras robustes s&rsquo;enracinent dans la terre,<br \/>\ndans ta gorge poussent des herbes vertes,<br \/>\ntes paroles sont os et couteaux, mais muettes \u200b\u200b\u00bb.\nCette danse est ton \u0153uvre, ce rythme natal,<br \/>\nmais je ne sais si tu es ma nuit, si tu es jour,<br \/>\ncette parcelle de terre rouge o\u00f9 mon corps s&rsquo;allonge<br \/>\nest trop \u00e9troite pour ma d\u00e9faite royale.\nSENGHOR<br \/>\nFemme nue, femme noire<br \/>\nV\u00eatue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beaut\u00e9 !<br \/>\nJ&rsquo;ai grandi \u00e0 ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux.<br \/>\nEt voil\u00e0 qu&rsquo;au c\u0153ur de l&rsquo;Et\u00e9 et de Midi, je te d\u00e9couvre, Terre promise, du haut d&rsquo;un haut col calcin\u00e9<br \/>\nEt ta beaut\u00e9 me foudroie en plein c\u0153ur, comme l&rsquo;\u00e9clair d&rsquo;un aigle.\n\u0160OPOV<br \/>\nOlive noire ton corps,<br \/>\nbronze le plus sombre, timbre le plus profond,<br \/>\ncadence de tam-tam et de koras de tes a\u00efeux.<br \/>\nUne charrue invisible laboure ton ciel<br \/>\net du fond des noirs sillons,<br \/>\nles aurores naufrag\u00e9es surgissent en \u00e9clairs.\nSENGHOR<br \/>\nFemme nue, femme obscure<br \/>\nFruit mur \u00e0 la chair ferme, sombres extases de vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche<br \/>\nSavane aux horizons purs, savane qui fr\u00e9mis aux caresses ferventes du Vent d&rsquo;Est<br \/>\nTamtam sculpt\u00e9, tamtam tendu qui grondes sous les doigts du vainqueur<br \/>\nTa voix grave de contralto est le chant spirituel de l&rsquo;Aim\u00e9e.\n\u0160OPOV<br \/>\nRythme inlassable ton corps,<br \/>\nbattement du sang de l&rsquo;oc\u00e9an,<br \/>\nsombre lueur qui me guide<br \/>\npar un \u00e9troit et p\u00e9rilleux sentier<br \/>\nqui me harc\u00e8le depuis l&rsquo;enfance,<br \/>\net d\u00e8s avant l&rsquo;enfance,<br \/>\nd\u00e8s le ventre maternel,<br \/>\nd\u00e8s les pr\u00e9mices les plus inconscientes.\nD\u00e9sormais je sais qu&rsquo;il n&rsquo;est de chant pour te c\u00e9l\u00e9brer,<br \/>\ntu es toi-m\u00eame le cantique des cantiques.\nSENGHOR<br \/>\nFemme nue, femme obscure<br \/>\nHuile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l&rsquo;athl\u00e8te, aux flancs des princes du Mali<br \/>\nGazelle aux attaches c\u00e9lestes, les perles sont \u00e9toiles sur la nuit de ta peau<br \/>\nD\u00e9lices des jeux de l&rsquo;esprit, les reflets de l&rsquo;or rouge sur ta peau qui se moire<br \/>\nA l&rsquo;ombre de ta chevelure, s&rsquo;\u00e9claire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.\nFemme nue, femme noire<br \/>\nJe chante ta beaut\u00e9 qui passe, forme que je fixe dans l&rsquo;Eternel<br \/>\nAvant que le Destin jaloux ne te r\u00e9duise en cendres pour nourrir les racines de la vie.\n\u0160OPOV<br \/>\nTerrifi\u00e9 et terrible,<br \/>\nsous le ciel de ton corps,<br \/>\nje me dresse envo\u00fbt\u00e9 par tes noires magies.<br \/>\nToi ma douleur, toi mon bonheur,<br \/>\ntu me dis : je suis ta nuit et ton \u00e9ternelle lune,<br \/>\nsois tranquille, tu resteras ici,<br \/>\nmon r\u00eave est plus terrible que la plus terrible r\u00e9bellion.\nLune, noire lune,<br \/>\nprisonnier de tes magies,<br \/>\nje n&rsquo;ai plus de parole pour te contredire,<br \/>\nje n&rsquo;ai plus de force pour te combattre.<br \/>\nLune, noire \u00e9meute<br \/>\nblessure b\u00e9ante, ingu\u00e9rissable,<br \/>\nje plonge et m&rsquo;engloutis dans ton r\u00eave<br \/>\ncomme le soleil noir dans l&rsquo;oc\u00e9an.\nSENGHOR<br \/>\nEt le sursaut soudain, sous le bruit frais sous le coup de poignard.<br \/>\nJ&rsquo;erre tournant, poss\u00e9d\u00e9 comme les phal\u00e8nes, autour de la lampe temp\u00eate<br \/>\nMe br\u00fblant les ailes de l&rsquo;\u00e2me au chant sir\u00e8ne de tes lettres.<br \/>\nEt me voici d\u00e9chir\u00e9 calcin\u00e9, entre la peur de la mort et l&rsquo;\u00e9pouvante de vivre.<br \/>\nMais aucun livre aucun qui arrose mon angoisse.<br \/>\nL&rsquo;esprit est bien plus d\u00e9sert que le Sahara.\nOr voici les cendres am\u00e8res de mon c\u0153ur, comme une fleur s\u00e9ch\u00e9e.<br \/>\nToi seule peux me sauver mon espoir, et ta pr\u00e9sence<br \/>\nToi mon pr\u00e9sent, mon indicatif mon imp\u00e9ratif<br \/>\nToi ma parfaite, non tes lettres, tes l\u00e8vres soleil de l&rsquo;\u00e9ternel \u00e9t\u00e9.\n<p>Et je t&rsquo;attends dans l&rsquo;attente, pour ressusciter la mort.<\/p>\n<p>\u0160OPOV<\/p>\nMon amour, nom tiss\u00e9 de la ros\u00e9e la plus pure,<br \/>\ntu viens chaque jour apaiser ta douleur immuable,<br \/>\nalors que tes entrailles et tout ton corps<br \/>\nbr\u00fblent comme un oc\u00e9an en feu,<br \/>\nprends-moi, mon amour, emporte-moi,<br \/>\nemporte-moi dans ton refuge vaste et rassurant,<br \/>\nemporte cet oiseau des nids de feu,<br \/>\nnids de feu o\u00f9 la verdure s&rsquo;\u00e9panouit,<br \/>\no\u00f9 un arbre miraculeux pousse<br \/>\net se couvre de feuilles<br \/>\net se nourrit de la s\u00e8ve du po\u00e8me.<br \/>\nEmporte-moi \u00e0 travers les nids de feu,<br \/>\nque mes tempes \u00e9clatent,<br \/>\nque dans tes bras j&rsquo;explose tel un noir ballon de rire,<br \/>\nque dans cette ville ma vie s&rsquo;efface<br \/>\net que vive cet arbre<br \/>\nque le po\u00e8me pr\u00e9servera.<br \/>\n(&#8230;)<br \/>\nMon amour&#8230;<br \/>\nNous nous sommes aim\u00e9s sous cet arbre,<br \/>\nla s\u00e9cheresse nous fut ombrage.<br \/>\nMaintenant nous partons, le laissant \u00e0 jamais seul.\n\u00c0 l&rsquo;heure de cette terrible partance,<br \/>\nDieu, exauce ma derni\u00e8re pri\u00e8re :<br \/>\nqu&rsquo;elle et moi, nous soyons un avec la s\u00e8ve de l&rsquo;arbre<br \/>\nqui pousse vers les hauteurs<br \/>\nsur la colline s\u00e8che.\nSENGHOR<br \/>\nSeigneur, il est imp\u00e9n\u00e9trable, le labyrinthe de tes desseins&#8230;<br \/>\n<br \/>\nBrutalement, tu nous l&rsquo;as arrach\u00e9, tel un tr\u00e9sor le voleur du plus grand chemin<br \/>\nTu nous l&rsquo;as arrach\u00e9, cet enfant de l&rsquo;amour<br \/>\ncet enfant, souffle m\u00eal\u00e9 de nos narines<br \/>\nEt tu as crucifi\u00e9 sa m\u00e8re, haut sur un arbre de braise et de glace.<br \/>\n\n<p>Les jours ont d\u00e9fil\u00e9 en lugubres boubous, et les nuits-jours sans le sommeil. Les pleureuses ont \u00e9puis\u00e9 l&rsquo;ab\u00eeme de leurs larmes sans engourdir notre douleur rebelle. <\/p>\nOn l&rsquo;a baign\u00e9 pour les noces c\u00e9lestes, parfum\u00e9 frais <br \/>\nAllong\u00e9 son corps long dans une bi\u00e8re de bois pr\u00e9cieux. <br \/>\nDes jeunes gens ses camarades l&rsquo;ont soulev\u00e9, port\u00e9 sur leurs \u00e9paules hautes.<br \/>\nSous les fleurs du printemps, les chants comme des palmes, son peuple lui a fait cort\u00e8ge <br \/>\nTout son peuple tress\u00e9 en guirlandes serr\u00e9es.<br \/>\n\nEt tout au long des rues en pleurs, des noires avenues prostr\u00e9es sous le soleil de juin <br \/>\nLa jeunesse pieuse, le portant sur son c\u0153ur, comme une m\u00e9daille d&rsquo;or vert. Mais elles savent, les \u00e9tudiantes studieuses, que seuls vivent les morts dont on chante le nom.\n\u0160OPOV<br \/>\nLa tombe n&rsquo;est pas lourde sur les corps ensevelis.<br \/>\nP\u00e8sent lourd sur les vivants les chants qu&rsquo;ils psalmodient.\nLa croix nous est l\u00e9g\u00e8re, la cendre non,<br \/>\nles morts mourront avec nous et avec notre chant.\n\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/%d0%bd%d0%b0%d1%81%d1%82%d0%b0%d0%bd%d0%b8\/%d0%b4%d0%b5%d0%bd%d0%be%d0%b2%d0%b8-%d0%bd%d0%b0-%d0%bf%d0%be%d0%b5%d0%b7%d0%b8%d1%98%d0%b0%d1%82%d0%b0-2025\/%d0%bf%d1%80%d0%be%d0%b3%d1%80%d0%b0%d0%bc%d0%b0-%d0%b4%d0%b5%d0%bd%d0%be%d0%b2%d0%b8-%d0%bf%d0%be%d0%b5%d0%b7%d0%b8%d1%98%d0%b0%d1%82%d0%b0-2025\/\"  target=\"_self\">\n\t\t\t\t\t\t\tProgramme des Journ\u00e9es de la po\u00e9sie 2025 (en mac\u00e9donien)\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/%d0%bd%d0%b0%d1%81%d1%82%d0%b0%d0%bd%d0%b8\/%d0%b4%d0%b5%d0%bd%d0%be%d0%b2%d0%b8-%d0%bd%d0%b0-%d0%bf%d0%be%d0%b5%d0%b7%d0%b8%d1%98%d0%b0%d1%82%d0%b0\/\"  target=\"_self\">\n\t\t\t\t\t\t\t!!! Plus d&rsquo;information sur les Journ\u00e9es de la po\u00e9sie\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/evenements\/\"  target=\"_self\">\n\t\t\t\t\t\t\tAutres \u00e9v\u00e8nements li\u00e9s \u00e0 \u0160opov\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Senghor &#8211; \u0160opov : Parall\u00e8les avec points d&rsquo;intersection &#8211; Performance La performance po\u00e9tique \u00ab Senghor &#8211; \u0160opov : Parall\u00e8les avec points d&rsquo;intersection \u00bb\u00a0rend hommage \u00e0 ces deux po\u00e8tes majeurs du XX\u1d49 si\u00e8cle, n\u00e9s en des lieux tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s mais unis par de profondes affinit\u00e9s \u00e9thiques et esth\u00e9tiques. 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