{"id":103989,"date":"2025-03-06T16:52:20","date_gmt":"2025-03-06T15:52:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.acosopov.com\/cabinet-de-lecture\/%d1%81%d0%b5%d0%bd%d0%b3%d0%be%d1%80-%d1%88%d0%be%d0%bf%d0%be%d0%b2-%d1%88%d0%be%d0%bf%d0%be%d0%b2%d0%b0\/"},"modified":"2026-02-18T01:46:55","modified_gmt":"2026-02-18T00:46:55","slug":"senghor-sopov-sopova-2006","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/senghor-sopov-sopova-2006\/","title":{"rendered":"Senghor,  \u0160opov : deux po\u00e8tes en qu\u00eate d\u2019un univers de beaut\u00e9 &#8211; \u0160opova, 2006"},"content":{"rendered":"\n<h1>\n\t\t\tSenghor,  \u0160opov : deux po\u00e8tes en qu\u00eate d&rsquo;un univers de beaut\u00e9 \t<\/h1>\n\t<em>Le feu m&rsquo;ensoleille plus fort que la parole<\/em><br \/>\n<em>des po\u00e8tes disparus dans le cosmos et l&rsquo;azur,<\/em><br \/>\n<em>en qu\u00eate d&rsquo;un univers de beaut\u00e9<\/em><br \/>\nA. \u0160\n<p>Rien ne pr\u00e9destinait les deux hommes \u00e0 se rencontrer. L&rsquo;un, n\u00e9 en 1906, sur les rives du Sine ; l&rsquo;autre, dix-sept ans plus tard, \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres de l\u00e0, au pied de l&rsquo;Isar. L&rsquo;un, fils d&rsquo;un tr\u00e8s riche notable qui fut l&rsquo;ami du roi et p\u00e8re d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;enfants ; l&rsquo;autre fils d&rsquo;un barbier \u00e0 la sant\u00e9 ruin\u00e9e, incapable de nourrir ses trois enfants. L&rsquo;un, vivant dans l&rsquo;\u00e9merveillement permanent de ce qu&rsquo;il appelle son \u00ab royaume d&rsquo;enfance \u00bb ; l&rsquo;autre, dans une fuite incessante de lui-m\u00eame, \u00ab pour casser les m\u00e2choires de [son] enfance non-enfance \u00bb. L&rsquo;un, \u00e9lev\u00e9 dans la tradition s\u00e9n\u00e9galaise ; l&rsquo;autre, berc\u00e9 par les chants mac\u00e9doniens. L&rsquo;un catholique ; l&rsquo;autre ath\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>Et pourtant, le destin &#8211; ou la po\u00e9sie, ces deux mots sont synonymes chez eux &#8211; les a conduits l&rsquo;un vers l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>\u00ab Que le monde est grand ! \u00bb, s&rsquo;exclame \u0160opov, en d\u00e9couvrant le S\u00e9n\u00e9gal. \u00ab L&rsquo;un au pied de l&rsquo;Isar,\/ l&rsquo;autre au bord de l&rsquo;Oc\u00e9an\/ Deux mondes, deux ar\u00e8nes \/ deux sanctuaires si diff\u00e9rents \u00bb. \u00ab Que le monde est petit \u00bb, dit-il, aussit\u00f4t. \u00ab \u0160tip et Joal,\/ L&rsquo;un au pied de l&rsquo;Isar,\/ l&rsquo;autre au bord de l&rsquo;Oc\u00e9an.\/ M\u00eames amours,\/ m\u00eames houles\/ m\u00eames r\u00eaves et tourments \u00bb (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/a-stip-et-a-joal\/\">\u00c0 \u0160tip et \u00e0 Joal<\/a> \u00bb).<\/p>\n<p>La rencontre po\u00e9tique entre L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor et Aco \u0160opov pr\u00e9c\u00e8de de loin leur poign\u00e9e de main, en mai 1971, quand le Chef d&rsquo;Etat accueille l&rsquo;Ambassadeur pour la premi\u00e8re fois dans sa r\u00e9sidence \u00e0 Dakar. Plus d&rsquo;une co\u00efncidence, parfois \u00e9tonnante, nous en convaincra.<\/p>\n\t<h2>Tomb\u00e9s en politique<\/h2>\n<p>Senghor et \u0160opov sont tous deux n\u00e9s dans des pays qui allaient acc\u00e9der \u00e0 leur ind\u00e9pendance plus tard : le S\u00e9n\u00e9gal est une colonie fran\u00e7aise en 1906 ; la Mac\u00e9doine fait partie de la Serbie en 1923. De ce fait, les deux po\u00e8tes sont \u00ab tomb\u00e9s en politique \u00bb, pour reprendre le mot de Senghor, par la force des choses. Ils figurent parmi les premiers b\u00e2tisseurs de leurs pays, qui comptaient sur les intellectuels pour s&rsquo;\u00e9riger en Etats souverains.<\/p>\n<p>Avant d&rsquo;entrer dans la vie politique, Senghor participe \u00e0 la R\u00e9sistance dans le Front national universitaire, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9 en 1939 et fait prisonnier en 1940, puis r\u00e9form\u00e9 pour maladie en 1942. Pendant ce temps, \u0160opov participe activement au Mouvement de la jeunesse antifasciste dans son lyc\u00e9e, avant de rejoindre la Troisi\u00e8me brigade de choc des partisans mac\u00e9doniens.<\/p>\n<p>Au cours de la guerre, ils \u00e9crivent des po\u00e8mes. Et comme Senghor qui, pendant sa captivit\u00e9, confie le manuscrit d&rsquo;<em>Hosties noires<\/em>\u00a0au linguiste autrichien Walter Piehl, pour qu&rsquo;il le remette \u00e0 Georges Pompidou, \u0160opov confie en 1944 le manuscrit de\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/bibliotheque\/livres-en-macedonien\/poemes-1944\/\"><em>Po\u00e8mes<\/em><\/a>\u00a0\u00e0 l&rsquo;activiste et combattante serbe Brana Perovi\u0107, qui l&rsquo;apportera \u00e0 Belgrade, o\u00f9 il sera imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Ce sera le premier livre publi\u00e9 en langue mac\u00e9donienne \u00e0 l&rsquo;issue de la guerre, en 1945, ann\u00e9e o\u00f9 Senghor publie son premier recueil,\u00a0<em>Chants d&rsquo;ombre<\/em>. Leurs derniers recueils verront \u00e9galement le jour en m\u00eame temps : celui de Senghor en 1979,\u00a0<i>El\u00e9gies majeures,<\/i>\u00a0celui de \u0160opov en 1980,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/bibliotheque\/livres-en-macedonien\/arbre-sur-la-colline-1980\/\"><em>Arbre sur la colline<\/em><\/a>. Sans oublier qu&rsquo;<em>\u00c9thiopiques<\/em>, qui marque un tournant dans l&rsquo;\u0153uvre de Senghor, est sorti en 1956, soit un an seulement apr\u00e8s la publication de\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/bibliotheque\/livres-en-macedonien\/confondu-dans-le-silence-1955\/\"><em>Confondu dans le silence<\/em><\/a>, qui marque un tournant dans l&rsquo;\u0153uvre de \u0160opov.<\/p>\n<p>Les circonstances historiques, mais aussi leurs convictions, ont donc amen\u00e9 les deux po\u00e8tes \u00e0 agir en hommes de pens\u00e9e et \u00e0 penser en hommes d&rsquo;action, comme le voulait Bergson, ce d\u00e9fenseur de la raison intuitive, lui aussi \u00ab tomb\u00e9 en politique \u00bb, dont \u0160opov se r\u00e9clame, au m\u00eame titre que Senghor.<\/p>\n<p>\u00c0 aucun moment, ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre n&rsquo;ont mis leur po\u00e9sie au service de la politique. Bien qu&rsquo;il fut consid\u00e9r\u00e9 comme le chantre de l&rsquo;intimisme, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le r\u00e9alisme social \u00e9tait \u00e0 son apog\u00e9e en ex-Yougoslavie, Aco \u0160opov \u00e9crit au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 : \u00ab personne aujourd&rsquo;hui, et encore moins l&rsquo;\u00e9crivain, ne peut vivre en dehors de la politique \u00bb. Mais il ajoute: \u00ab cela ne signifie pas que la litt\u00e9rature doit se soumettre aux besoins quotidiens de la politique, qu&rsquo;elle doit \u00eatre sa bonne \u00e0 tout faire [&#8230;] Tout conformisme signifie la mort de la cr\u00e9ation \u00bb<sup>1<\/sup>. N&rsquo;est-ce pas une autre fa\u00e7on de dire : \u00ab La politique doit \u00eatre au service de la culture et non la culture au service de la politique \u00bb, pour rappeler cette c\u00e9l\u00e8bre formule de Senghor ?<\/p>\n<p>Ces m\u00eames circonstances historiques ont fait entrer les deux jeunes hommes en po\u00e9sie \u00ab v\u00eatu[s] de mots \u00e9trangers \u00bb (Ndess\u00e9, <em>Hosties noires<\/em>, 1948) . Les cons\u00e9quences sont de taille.<\/p>\n<h2>Ma\u00eetres-de-langue<\/h2>\n<p>\u00c9tranger dans la langue des ma\u00eetres d&rsquo;\u00e9cole Blancs, l&rsquo;enfant Peul et S\u00e9r\u00e8re s&rsquo;acharnera \u00e0 la ma\u00eetriser et finira par l&rsquo;adopter, pour en faire une arme de sa N\u00e9gritude, construisant ainsi son credo sur ce qui est en apparence un paradoxe. Car, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment de la fusion de la langue des colonisateurs avec \u00ab l&rsquo;ensemble des valeurs de la civilisation noire \u00bb, que na\u00eetra la notion de m\u00e9tissage culturel, passage oblig\u00e9 vers la Civilisation de l&rsquo;Universel, cette noble hantise de l&rsquo;humaniste s\u00e9n\u00e9galais.<\/p>\n<p>\u00c9tranger dans cette autre langue d&rsquo;\u00e9cole qu&rsquo;\u00e9tait le serbe, l&rsquo;adolescent mac\u00e9donien l&rsquo;abandonnera, aussit\u00f4t que l&rsquo;histoire l&rsquo;aura d\u00e9barrass\u00e9 de cette contrainte, et se lancera avec le m\u00eame acharnement dans une exploration de son mac\u00e9donien natal, <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/en-quete-de-ma-voix\/\">en qu\u00eate de [sa] voix<\/a>, comme le sugg\u00e8re le titre d&rsquo;un de ses po\u00e8mes des ann\u00e9es 1950. Et cette qu\u00eate ne cessera pas autant de temps que sa voix ne se sera pas confondue \u00e0 \u00ab la voix sonore d&rsquo;averse et de feu de la prochaine Commune universelle \u00bb, comme le proclame un vers \u00e9crit dans les ann\u00e9es 1970 (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/sur-une-place-de-paris\/\">Sur une place de Paris<\/a>\u00bb).<\/p>\n<p>Tout po\u00e8te entretient une relation intense, passionnelle, avec sa langue de cr\u00e9ation. Mais chez Senghor et \u0160opov elle est aussi dot\u00e9e d&rsquo;une dimension p\u00e9dagogique. Prenons le D\u00e9cret du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du S\u00e9n\u00e9gal, dat\u00e9 du 10 octobre 1975, dont j&rsquo;ai appris l&rsquo;existence dans le livre que Jean-Michel Djian a r\u00e9cemment consacr\u00e9 \u00e0 Senghor<sup>2<\/sup>. \u00ab Dix-neuf articles r\u00e9dig\u00e9s de sa propre main pour en d\u00e9tailler les usages \u00bb, \u00e9crit le journaliste, avant d&rsquo;ajouter : \u00ab Du grand art \u00bb. Pr\u00e9cisons qu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;usage des majuscules dans les textes administratifs !<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai pu m&#8217;emp\u00eacher de sourire tout au long de la lecture du D\u00e9cret : le Pr\u00e9sident a d\u00fb \u00eatre franchement exasp\u00e9r\u00e9 par le manque de rigueur des fonctionnaires d&rsquo;Etat, pour se livrer \u00e0 un tel exercice. Et j&rsquo;ai aussit\u00f4t pens\u00e9 aux campagnes d&rsquo;alphab\u00e9tisation men\u00e9es par \u0160opov \u00e0 cette \u00e9poque qui voulait que chaque texte se termine par \u00ab Mort au fascisme ! Libert\u00e9 au peuple ! \u00bb &#8211; slogan des partisans utilis\u00e9 au cours et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale -, mais aussi \u00e0 ses articles plus virulents, publi\u00e9s vers la fin des ann\u00e9es 1950, dans lesquels il s&rsquo;attaque pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 \u00ab la langue de notre Administration [qui] est, sans aucun doute, la plus \u00e9loign\u00e9e des normes du bon usage du mac\u00e9donien \u00bb<sup>3<\/sup>.<\/p>\n<p>C&rsquo;est cette rigueur, notamment, qui d\u00e9finit les deux po\u00e8tes comme des \u00ab ma\u00eetres-de-langue \u00bb, autre expression ch\u00e8re \u00e0 Senghor, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment elle qui leur offre une extraordinaire libert\u00e9 dans la fa\u00e7on de manier la langue : \u00ab que [&#8230;] se d\u00e9sint\u00e8gre la syntaxe \u00bb, ordonne Senghor dans \u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/elegie-des-circoncis\/\">\u00c9l\u00e9gie des circoncis<\/a>\u00a0\u00bb, un des po\u00e8mes qui d\u00e9finissent les principes de son art po\u00e9tique ; \u00ab La parole explose dans le silex et se dissipe en cendres \u00bb, dit \u0160opov dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/cineremancien\/\">Cin\u00e9r\u00e9mancien<\/a>\u00a0\u00bb, un des po\u00e8mes qui d\u00e9finissent les principes de son art po\u00e9tique.<\/p>\n<p>Les deux po\u00e8tes se sentent chez eux quand ils sont parmi les mots. Ils les aiment sans complexes, sans scrupules. Ils les fa\u00e7onnent et les ordonnent \u00e0 leur guise, pour mieux les adapter \u00e0 leur pens\u00e9e, \u00e0 leurs \u00e9motions, \u00e0 leur rythme respiratoire. Ainsi, Senghor nomme \u00ab inanes faces de t\u00e9n\u00e8bre \u00bb (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/lhomme-et-la-bete\/\">L&rsquo;Homme et la b\u00eate<\/a> \u00bb) ces forces n\u00e9fastes que l&rsquo;on chasse lors des rituels, et \u0160opov unit le feu et le bois dans le seul mot de <em>gorovina<\/em>\u00a0(traduit en fran\u00e7ais par \u00ab brasier \u00bb) pour dire, non pas la br\u00fblure, mais le fait de br\u00fbler (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/lamour-du-feu\/\">L&rsquo;amour du feu<\/a>\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Les mots de l&rsquo;indicible n&rsquo;existent pas dans les dictionnaires. Aux po\u00e8tes de les trouver. \u00ab Trouve la vraie parole \u00bb, dit \u0160opov \u00ab trouve la parole inaugurale, le cri,\/ trouve cette parole. Et ce temple\/ prisonnier de son \u00e2ge, fort de son attente\/ s&rsquo;ouvrira de lui-m\u00eame humble devant toi \u00bb(\u00ab <a href=\"https:\/\/old.acosopov.com\/lectures-poesie-macedonienne\/rayon-poesie\/priere-pour-une-parole-ordinaire-mais-introuvee.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Pri\u00e8re pour une parole ordinaire mais introuv\u00e9e<\/a>\u00a0\u00bb), tandis que Senghor \u00e9crit dans \u00ab Teddungal \u00bb : \u00ab Or nous avons march\u00e9 tels de blancs initi\u00e9s. Pour toute nourriture le lait clair, et pour toute parole la rumination du mot essentiel \u00bb.<\/p>\n<p>Toute une alchimie d&rsquo;images et de sons est n\u00e9cessaire pour aboutir \u00e0 cette vraie parole, \u00e0 ce mot essentiel, qui se profile sous des aspects \u00e0 la fois insolites et \u00e9loquents, c&rsquo;est-\u00e0-dire nouveaux mais imm\u00e9diatement reconnaissables, tel le\u00a0<em>grozomor<\/em>\u00a0de \u0160opov, qui dit \u00e0 la fois l&rsquo;horreur et l&rsquo;angoisse (traduit en fran\u00e7ais par \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/effroi\/\">effroi<\/a>\u00a0\u00bb,) ou, le plus complexe,\u00a0<em>nebidnina<\/em>, qui puise son origine dans \u00ab ne pas \u00eatre \u00bb, sans pour autant signifier \u00ab n\u00e9ant \u00bb, ni \u00ab mal-\u00eatre \u00bb (traduit en fran\u00e7ais par \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/non-etre\/\">non-\u00eatre<\/a> \u00bb). Lourd de sens, dot\u00e9 d&rsquo;un grand pouvoir expressif,\u00a0<em>nebidnina<\/em>\u00a0a fait couler beaucoup d&rsquo;encre &#8211; il serait illusoire d&rsquo;essayer de le d\u00e9finir ici. Il suffit peut-\u00eatre de rappeler que quelques ann\u00e9es avant sa mort, alors qu&rsquo;il \u00e9tait gravement malade, Aco \u0160opov a pos\u00e9 un signe d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre ce mot et son \u0153uvre tout enti\u00e8re, dans plusieurs po\u00e8mes dont l&rsquo;\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/elegie-du-poete-clochard\/\">\u00c9l\u00e9gie du po\u00e8te clochard<\/a>\u00a0\u00bb : \u00ab que mes tempes \u00e9clatent,\/ que dans tes bras j&rsquo;explose tel un noir ballon de rire,\/ que dans cette ville ma vie s&rsquo;efface\/ et que vive cet arbre\/ que le non-\u00eatre pr\u00e9servera \u00bb.<\/p>\n<p>Pour sa part, Senghor puise directement dans les lexiques s\u00e9r\u00e8re, peul ou wolof, quand il veut \u00ab appeler un chat un chat \u00bb<sup>4<\/sup>\u00a0et traduit litt\u00e9ralement des mots africains descriptifs qui donnent en fran\u00e7ais des mots compos\u00e9s tels que \u00ab Diseur-des-choses-tr\u00e8s-cach\u00e9es \u00bb ou \u00ab Lion au regard-qui-tue \u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/lhomme-et-la-bete\/\">L&rsquo;Homme et la b\u00eate<\/a>\u00a0\u00bb). Plus audacieux, le mot\u00a0<em>lamarque<\/em> (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/elegie-des-circoncis\/\">\u00c9l\u00e9gie des circoncis<\/a>\u00a0\u00bb) marie racine africaine et suffixe fran\u00e7ais pour cr\u00e9er l&rsquo;image du dirigeant et chef de famille incarn\u00e9e par le po\u00e8te lui-m\u00eame. Mais qui veut percer le secret de l&rsquo;alchimie senghorienne des mots doit aller avant tout fouiller le terrain du symbolisme africain. Ses mots sont comme les masques : ils cachent et \u00e0 la fois r\u00e9v\u00e8lent la quintessence des choses.<\/p>\n\t<h2>Enfer d&rsquo;enfance, paradis d&rsquo;enfance<\/h2>\n<p>Si les n\u00e9ologismes de \u0160opov incarnent des r\u00e9alit\u00e9s t\u00e9n\u00e9breuses, ceux de Senghor rel\u00e8vent plut\u00f4t du registre de la clart\u00e9, voire de la magnificence. Observ\u00e9 dans l&rsquo;ensemble, l&rsquo;univers po\u00e9tique du Mac\u00e9donien est plus sombre, plus dramatique que celui du S\u00e9n\u00e9galais.<\/p>\n<p>Il est vrai que le mot angoisse est l&rsquo;un des plus r\u00e9currents dans la po\u00e9sie de Senghor. Il est vrai que l&rsquo;on ressent chez lui cette m\u00eame tension extr\u00eame, cette m\u00eame \u00e9meute de la raison et des sens, cette m\u00eame guerre int\u00e9rieure qui donne naissance au po\u00e8me de \u0160opov. Mais en g\u00e9n\u00e9ral, elle d\u00e9bouche sur un apaisement chez le premier, alors qu&rsquo;elle reste en suspens chez le second. \u00ab Au bout de l&rsquo;\u00e9preuve et de la saison, au fond du gouffre\/ Dieu ! que je te retrouve, retrouve ta voix, ta fragrance de lumi\u00e8re vibrante \u00bb, dit Senghor dans les derniers vers du dernier po\u00e8me de\u00a0<em>Lettres d&rsquo;hivernage\u00a0<\/em>(\u00ab Le salut du jeune soleil \u00bb). Aco \u0160opov, qui a abandonn\u00e9 Dieu depuis longtemps, \u00e9crit quant \u00e0 lui, dans son recueil testamentaire\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/bibliotheque\/livres-en-macedonien\/arbre-sur-la-colline-1980\/\"><em>Arbre sur la colline<\/em><\/a>\u00a0: \u00ab La rose rouge se r\u00e9pand comme du sang, s&rsquo;\u00e9coule,\/ et le feu s&rsquo;installe \u00e0 jamais dans ma poitrine \u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/le-feu-dans-la-poitrine\/\">Je suis seul, le feu dans la poitrine<\/a>\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>En po\u00e9sie, Senghor est animiste : son po\u00e8me se d\u00e9roule selon le sc\u00e9nario du rite initiatique, dont la fin concilie in\u00e9vitablement toutes les contradictions. En revanche, dans le po\u00e8me de \u0160opov, la d\u00e9chirure est permanente, la plaie ne cicatrise pas, le plus souvent, les contradictions demeurent.<\/p>\n<p>Faut-il en chercher la raison dans l&rsquo;enfance ? Dans cette \u00ab enfance non-enfance \u00bb dont il n&rsquo;a jamais gu\u00e9ri, alors qu&rsquo;il s&rsquo;est efforc\u00e9 tout au long de sa vie de la chasser de sa m\u00e9moire ?<\/p>\n<p>Il n&rsquo;en parlait jamais, j&rsquo;en suis t\u00e9moin. Avant qu&rsquo;elle ne revienne en force dans ses derniers po\u00e8mes, son enfance a toujours fait partie de ces choses qu&rsquo;il a confi\u00e9es au silence, comme dans ce po\u00e8me que nombre de Mac\u00e9doniens connaissent pas c\u0153ur et que r\u00e9cemment une jeune fille, ou femme, ne trouvant pas de mots pour exprimer sa douleur, a publi\u00e9 dans un journal pour annoncer la mort de son p\u00e8re : \u00ab Si tu portes en toi le non-dit,\/ cela qui te br\u00fble et te lie,\/ confie-le au plus dru du silence,\/ le silence seul le dira \u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/dans-le-silence\/\">Dans le silence\u00a0<\/a>\u00bb).<\/p>\n<p>Il n&rsquo;en parlait jamais, mais elle \u00e9tait l\u00e0, cette enfance ponctu\u00e9e de peurs, de faims, de maladies, de morts&#8230; Elle \u00e9tait tout le temps l\u00e0, tapie derri\u00e8re les mots, au c\u0153ur des po\u00e8mes, dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/stigmate\/\">Stigmate<\/a>\u00a0\u00bb, dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/sang-abyssal\/\">Sang abyssal<\/a>\u00a0\u00bb, dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/orage\/\">Orage<\/a>\u00a0\u00bb&#8230; Elle \u00e9tait ce \u00ab\u00a0non-dit\u00a0\u00bb qui a attendu toute une vie pour \u00eatre enfin prof\u00e9r\u00e9 en toutes lettres\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Et j&rsquo;ai fui comme une b\u00eate traqu\u00e9e,\/ pour m&rsquo;\u00e9vader de moi-m\u00eame, pour casser les m\u00e2choires de mon enfance non-enfance\/ aux dents aiguis\u00e9es et haleines sauvages qui sillonnent encore et d\u00e9vastent\/ mes pr\u00e9s et for\u00eats<\/i>\u00a0\u00bb (\u00ab Le lac de la vie \u00bb,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/bibliotheque\/livres-en-macedonien\/arbre-sur-la-colline-1980\/\"><em>Arbre sur la colline<\/em><\/a>, p. 43).<\/p>\n<p>L&rsquo;enfer d&rsquo;enfance ramifie ses tentacules noirs \u00e0 travers l&rsquo;univers po\u00e9tique de \u0160opov, tout comme le paradis d&rsquo;enfance rayonne \u00e0 travers celui de Senghor. C&rsquo;est l\u00e0 que r\u00e9side sans doute la diff\u00e9rence fondamentale entre les deux po\u00e8tes.<\/p>\n<h2>Les plus beaux quatrains<\/h2>\n<p>Cela dit, il est arriv\u00e9 \u00e0 Senghor de confesser qu&rsquo;il \u00e9tait, dans son enfance, un \u00eatre d\u00e9chir\u00e9. Dans la lettre qu&rsquo;il adresse \u00e0 l&rsquo;universitaire am\u00e9ricain Jack-Louis Hymans, le 5 d\u00e9cembre 1964, il \u00e9crit: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 d&rsquo;abord, par ma famille et dans le contexte sociologique de mon enfance et de mon adolescence, un \u00eatre d\u00e9chir\u00e9\u00a0: entre la famille de mon p\u00e8re et la famille de ma m\u00e8re, l&rsquo;\u00e9ducation familiale et les disciplines scolaires import\u00e9es d&rsquo;Europe\u00a0\u00bb<sup>5<\/sup>. Cette d\u00e9chirure initiale est sans doute une des forces motrices de son art, comme elle l&rsquo;est chez \u0160opov, \u00e0 cette diff\u00e9rence qu&rsquo;elle ne l&rsquo;a pas\u00a0<i>stigmatis\u00e9<\/i>.<\/p>\n<p>Mais s&rsquo;il est un point commun qui les unit dans leur enfance, c&rsquo;est bien la profonde complicit\u00e9 avec leurs m\u00e8res qui, selon leurs propres t\u00e9moignages, a forg\u00e9 leur vocation po\u00e9tique.<\/p>\n<p>Senghor et \u0160opov se sentent tous deux \u00ab\u00a0de sang maternel\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0M\u00e8re, sois b\u00e9nie\u00a0!\/ Reconnais ton fils \u00e0 l&rsquo;authenticit\u00e9 du regard,\/ qui est celle de son c\u0153ur et de son lignage\u00a0\u00bb<sup>6<\/sup>, \u00e9crit Senghor, qui explique plus tard : \u00ab c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 ma m\u00e8re que je suis rest\u00e9, tout au long de ma vie, enracin\u00e9 dans la terre noire. Et dans la N\u00e9gritude \u00bb<sup>7<\/sup>.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ma m\u00e8re appr\u00e9ciait la po\u00e9sie, l&rsquo;aimait, et elle m&rsquo;a l\u00e9gu\u00e9 cet amour.\u00a0Elle \u00e9tait institutrice, dans sa jeunesse, elle a \u00e9crit des po\u00e8mes\u00a0\u00bb, raconte\u00a0 \u0160opov. \u00ab\u00a0Ma m\u00e8re portait en elle une \u00e9trange fibre po\u00e9tique\u00a0\u00bb<sup>8<\/sup>.<\/p>\n<p>Dans la m\u00e9moire des deux po\u00e8tes, l&rsquo;image de la m\u00e8re est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la tradition po\u00e9tique populaire\u00a0: \u00ab\u00a0Quand nous \u00e9tions petits, elle nous lisait et r\u00e9citait des po\u00e8mes ou nous chantait des chansons traditionnelles mac\u00e9doniennes. Elle connaissait une quantit\u00e9 de tr\u00e8s belles, vieilles chansons, impr\u00e9gn\u00e9es de lyrisme\u00a0\u00bb, poursuit \u0160opov, tandis que Senghor \u00e9voque dans ses po\u00e8mes \u00ab\u00a0[sa]\u00a0t\u00eate m\u00e9lodieuse des chansons lointaines de Koumba l&rsquo;Orpheline\u00a0\u00bb<sup>9<\/sup> et chante les po\u00e9tesses du sanctuaire qui l&rsquo;ont nourri (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/que-maccompagnent-koras-et-balafong\/\">Que m&rsquo;accompagnent koras et balafong<\/a>\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>De leur propre aveu, ces traditions ont form\u00e9 leur go\u00fbt de la po\u00e9sie. Vers la fin de sa vie \u0160opov transpose dans un po\u00e8me ce qu&rsquo;il a toujours dit dans ses entretiens\u00a0: \u00ab\u00a0Le monde est tiss\u00e9 des plus beaux quatrains de la po\u00e9sie traditionnelle\u00a0\u00bb<sup>10\u00a0<\/sup>; quant \u00e0 Senghor, il dit dans la c\u00e9l\u00e8bre postface \u00e0 <em>\u00c9<\/em><i>thiopiques\u00a0<\/i>: \u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 est que j&rsquo;ai surtout lu, plus exactement \u00e9cout\u00e9, transcrit et comment\u00e9 des po\u00e8mes n\u00e9gro-africains\u00a0[&#8230;]\u00a0Si l&rsquo;on veut nous trouver des ma\u00eetres, il serait plus sage de les chercher du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Afrique. Comme les lamantins vont boire \u00e0 la source de Simal\u00a0\u00bb<sup>11<\/sup>.<\/p>\n<p>Les traditions s\u00e9n\u00e9galaise et mac\u00e9donienne pr\u00e9sentent, malgr\u00e9 leurs diff\u00e9rences \u00e9videntes, un certain nombre de similitudes, notamment sur le plan de la symbiose entre musique et parole, qui sont autant de croisements sur lesquels les deux po\u00e8tes se rencontrent r\u00e9guli\u00e8rement. \u00c0 l&rsquo;instar des langues du S\u00e9n\u00e9gal, le mac\u00e9donien ne fait pas de distinction entre \u00ab parole \u00bb et \u00ab mot \u00bb, ni entre \u00ab chant \u00bb et \u00ab po\u00e8me \u00bb. Il ne faut pas s&rsquo;\u00e9tonner, d\u00e8s lors, de la pr\u00e9dominance de la composante orale dans les po\u00e8mes de Senghor et de \u0160opov, ni de l&rsquo;importance primordiale que les deux po\u00e8tes accordent au rythme et \u00e0 la m\u00e9lodie, ce qui se traduit par une profusion d&rsquo;assonances, d&rsquo;allit\u00e9rations (voire de rimes, chez \u0160opov). Ecoutons-les :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Silence, silence, silence dans la neuve pin\u00e8de.\/ Feu et brasier. Feu et brasier\u00a0\u00bb<sup>\u00a0<\/sup>\u00a0(\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/lamour-du-feu\/\">L&rsquo;amour du feu<\/a>\u00a0\u00bb<a href=\"https:\/\/old.acosopov.com\/lectures-poesie-macedonienne\/rayon-poesie\/lamour-du-feu.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">)<\/a>.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Silence silence sur l&rsquo;ombre&#8230; Sourd tam-tam&#8230; tam-tam lent&#8230; lourd tam-tam&#8230; tam-tam noir&#8230;\u00bb (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/chant-de-linitie\/\">Chant de l&rsquo;initi\u00e9<\/a>\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>\u00abNous sommes \u00e0 pr\u00e9sent deux mondes, deux diables, deux ennemis en guerre,\/ nous sommes guerre sans issue et poignard contre poignard\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/cineremancien\/\">Cin\u00e9r\u00e9mancien<\/a>\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>\u00ab Et les cit\u00e9s superbes flambent, mais bien plus jaunes mais bien plus s\u00e8ches qu&rsquo;herbes de brousse en saison s\u00e8che\u00bb (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/chant-de-printemps\/\">Chant de printemps<\/a> \u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Voici donc quelques illustrations de ce que Senghor appelle \u00ab le charme magique qui fait la po\u00e9sie \u00bb et qui r\u00e9side, selon lui, dans \u00ab le dire \u00bb plut\u00f4t que dans \u00ab le dit \u00bb<sup>12<\/sup>. Pour le po\u00e8te s\u00e9n\u00e9galais, il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une caract\u00e9ristique de l&rsquo;esth\u00e9tique n\u00e9gro-africaine, mais force est de reconna\u00eetre qu&rsquo;elle d\u00e9passe largement les fronti\u00e8res du continent noir.<\/p>\n<p>\u00ab Le poids du rythme suffit \u00bb, dit Senghor, \u00ab pas besoin de mots-ciment pour b\u00e2tir sur le roc la cit\u00e9 de demain \u00bb (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/elegie-des-circoncis\/\">\u00c9l\u00e9gie des circoncis<\/a> \u00bb). En effet, la combinaison de la sonorit\u00e9 int\u00e9rieure des mots avec la m\u00e9lodie cr\u00e9\u00e9e par leur agencement au sein du vers permet \u00e0 Senghor d&rsquo;\u00e9liminer en grande partie les conjonctions de coordination et de subordination, ces petits mots qui relient les autres mots, qui \u00e9tablissent des rapports entre eux, bref, les \u00ab mots-ciments \u00bb qui, en somme, d\u00e9terminent le sens. Dans la po\u00e9sie de Senghor, le rythme est cr\u00e9ateur de sens. Ce dernier y gagne en souplesse, en polyvalence, et peut varier d&rsquo;une lecture \u00e0 une autre.<\/p>\n<p>Cette \u00ab\u00a0\u00e9conomie des moyens\u00a0\u00bb, caract\u00e9ristique des langues agglutinantes d&rsquo;Afrique<sup>13<\/sup>, dont Senghor se veut l&rsquo;h\u00e9ritier francophone, est par ailleurs embl\u00e9matique de la po\u00e9sie de \u0160opov. En voici une illustration parall\u00e8le\u00a0:<\/p>\n\u00ab\u00a0Oiseau pr\u00eat \u00e0 bondir. Charogne.\/ Menace de plongeon vertical.\/ Sourde l&rsquo;eau du lac se tait\/ livide de douleur\u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/chasse-sur-le-lac\/\">Chasse sur le lac\u00a0<\/a>\u00bb)<br \/>\net<br \/>\n\u00ab Homme sinistre,\/ Bec d&rsquo;acier,\/ Perceur de joie,\/ J&rsquo;ai des armes s\u00fbres.\/\/ Mes paroles de silex, dures et tranchantes te frapperont\u00bb (\u00ab<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/perceur-de-tam-tam\/\">Perceur de tam-tam<\/a>\u00a0\u00bb)\n<p>\u00ab\u00a0Une suite d&rsquo;images analogiques et pas un mot abstrait\u00a0\u00bb aurait pu dire ici Senghor, comme il l&rsquo;a fait en commentant un chant de son village dans la \u00ab Lettre \u00e0 trois po\u00e8tes de l&rsquo;Hexagone \u00bb, dans laquelle il explique que la litt\u00e9rature populaire n\u00e9gro-africaine qui lui sert de mod\u00e8le tend \u00e0 supprimer les mots non essentiels, c&rsquo;est-\u00e0-dire, \u00ab\u00a0les mots-outils, les mots-gonds de la raison discursive\u00a0\u00bb<sup>14<\/sup>.<\/p>\n<p>La N\u00e9gritude de Senghor, qui pr\u00e9conis\u00e9 ce \u00ab\u00a0p\u00e8lerinage aux sources\u00a0\u00bb, d\u00e9passe largement le cadre de l&rsquo;id\u00e9ologie. Elle est avant tout une cat\u00e9gorie esth\u00e9tique qui se manifeste dans son \u0153uvre po\u00e9tique pr\u00e9cis\u00e9ment par le biais du rythme, des images analogiques, des symboles, de l&#8217;emploi des interjections et, souvent, comme je l&rsquo;ai soulign\u00e9 plus haut, par le biais de la composition du po\u00e8me qui se d\u00e9roule selon le sc\u00e9nario d&rsquo;un rituel.<\/p>\n\t<h2>P\u00e8lerinage aux sources<\/h2>\n<p>Le retour aux sources a \u00e9galement une dimension ontologique, aussi bien chez \u0160opov que chez Senghor. Il ne s&rsquo;agit pas pour eux de s&rsquo;inspirer du folklore ou des mythes, bien qu&rsquo;ils ne s&rsquo;en d\u00e9fendent pas, ou d&rsquo;appliquer \u00e0 leur art, comme on pourrait le penser surtout pour Senghor, les r\u00e8gles de la prosodie traditionnelle.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit plut\u00f4t de pousser leur qu\u00eate tr\u00e8s loin, bien au-del\u00e0 des fronti\u00e8res historiques, dans ce que Senghor appelle les\u00a0<i>pr\u00e9temps<\/i>, quelque part \u00ab\u00a0<i>avant la m\u00e9moire m\u00eame des \u00e2ges<\/i> \u00bb (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/masque-negre\/\">Masque n\u00e8gre<\/a> \u00bb), o\u00f9 l&rsquo;on revit \u00ab\u00a0<i>les peurs primordiales<\/i> \u00bb (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/il-a-plu\/\">Il a plu<\/a> \u00bb), les \u00ab\u00a0<i>peurs primaires, surgies des entrailles d&rsquo;anc\u00eatres\u00a0<\/i>\u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/lhomme-et-la-bete\/\">L&rsquo;homme et la b\u00eate<\/a>\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Il existe deux mots pour dire\u00a0<i>pr\u00e9temps<\/i>, en mac\u00e9donien\u00a0:\u00a0<i>iskoni<\/i>\u00a0et\u00a0<i>drevnost<\/i>. Ils sont r\u00e9currents dans la po\u00e9sie de \u0160opov. Sous diverses traductions, ils apparaissent dans \u00ab\u00a0<i>le drame\u00a0<\/i>originel<i>\u00a0qui remonte du fond de cette source sombre<\/i>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/cineremancien\/\">Cin\u00e9r\u00e9mancien<\/a>\u00a0\u00bb) ou la \u00ab\u00a0sombre inqui\u00e9tude du\u00a0commencement\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/dixieme-priere-de-mon-corps\/\">Dixi\u00e8me pri\u00e8re de mon corps<\/a>\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Cette qu\u00eate conduit les deux po\u00e8tes au plus profond d&rsquo;eux-m\u00eames &#8211; plonger dans les\u00a0<i>pr\u00e9temps<\/i>, c&rsquo;est se pr\u00e9cipiter dans ses propres abysses\u00a0 &#8211; ce qui explique l&rsquo;omnipr\u00e9sence de la symbolique du sang chez \u0160opov. \u00ab\u00a0Dans les profondeurs, un sang lourd,\/ on dirait l\u00e0 depuis\u00a0l&rsquo;origine des temps\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/sang-abyssal\/\">Sang abyssal<\/a>\u00a0\u00bb), \u00e9crit-il.<\/p>\n<p>Un sang harceleur : \u00ab Me poursuit mon sang noir \u00e0 travers foule, jusqu&rsquo;\u00e0 la clairi\u00e8re o\u00f9 dort la nuit blanche\u00bb (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/chants-pour-signare\/\">Chants pour Signare<\/a>\u00a0\u00bb)\u00a0; imp\u00e9rieux\u00a0: \u00ab\u00a0Dans les profondeurs un sang lourd,\/ toujours m&rsquo;ordonnant:\/ suis moi, sans mot dire,\/ ne m&rsquo;abandonne jamais\u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/sang-abyssal\/\">Sang abyssal\u00a0<\/a>\u00bb); indomptable : \u00ab Et il faut retenir mon sang au bout long de sa laisse de cinabre \u00bb (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/ecoutez-les-abois\/\">\u00c9coutez les abois<\/a>\u00bb)\u00a0; cr\u00e9ateur\u00a0: \u00ab\u00a0Po\u00e8me, je t&rsquo;ai arrach\u00e9 au bec de l&rsquo;oiseau qui vole dans mon sang\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/cineremancien\/\">Cin\u00e9r\u00e9mancien<\/a>\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>La ressemblance est frappante entre les vers de Senghor et de \u0160opov qui comparent le cours de leur sang au hennissement ou au galop de chevaux\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab Ou n&rsquo;est-ce que le hennissement sifflant de mon sang qui se souvient\/ Tel un poulain qui se cabre et rue dans l&rsquo;aurore de Mars ultime ? \u00bb, dit Senghor dans un po\u00e8me (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/cest-le-temps-de-partir\/\">C&rsquo;est le temps de partir<\/a>\u00a0\u00bb) et poursuit, dans un autre : \u00ab Ma t\u00eate bourdonnant au galop guerrier des dyoung-dyoung, au grand galop de mon sang de pur sang \u00bb (\u00ab \u00c0 l&rsquo;appel de la race de Saba \u00bb),<\/p>\n<p>alors que \u0160opov \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sang, coule au profond de ta nuit,\/ et ne me dis pas:\/ \u00e9coute rouler au loin,\/ \u00e9coute gronder la for\u00eat,\/ viennent des chevaux par des chemins de lune et d&rsquo;\u00e9toiles,\/ viennent des chevaux, des chevaux, des chevaux, des pur-sang,\/ viennent des chevaux pour me pi\u00e9tiner\u00bb (\u00ab\u00a0Stigmate\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Se pr\u00e9cipiter dans ses abysses, c&rsquo;est retrouver ses instincts perdus, \u00ab\u00a0ce cri sauvage dans le sang\u00a0\u00bb (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/ah-cette-beaute\/\">Ah cette beaut\u00e9<\/a> \u00bb), autrement dit \u00ab\u00a0les abois\u00a0balles des chiens dans les halliers noirs de mon ventre \u00bb (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/ecoutez-les-abois\/\">\u00c9coutez les abois<\/a> \u00bb)\u00a0;<i>\u00a0<\/i>c&rsquo;est d\u00e9couvrir ses \u00ab sens pa\u00efens qui crient \u00bb (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/chants-pour-signare\/\">Chants pour Signare<\/a>\u00a0\u00bb) ou \u00ab\u00a0les ombres ossifi\u00e9es de chairs sauvages et de furies\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/effroi\/\">Effroi<\/a>\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>C&rsquo;est aussi toucher le fond pour remonter dans la clart\u00e9 du jour : \u00ab Et que je meure soudain pour rena\u00eetre dans la r\u00e9v\u00e9lation de la Beaut\u00e9 \u00bb, s&rsquo;exclame Senghor (\u00ab <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/chant-de-linitie\/\">Chant de l&rsquo;initi\u00e9<\/a>\u00a0\u00bb)\u00a0; \u00ab\u00a0Un spasme m&#8217;emporte dans la mort\/ et je reviens \u00e0 la vie comme po\u00e8me\u00a0\u00bb, dit \u0160opov (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/la-beaute\/\">La beaut\u00e9<\/a>\u00a0\u00bb), pour qui po\u00e8me et beaut\u00e9 sont synonymes\u00a0: \u00ab\u00a0que je me noie dans ce chant, que je me perde dans la beaut\u00e9\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/dans-les-yeux-des-signares\/\">Dans les yeux des signares<\/a><b>\u00a0\u00bb<\/b>).<\/p>\n<p>La naissance du po\u00e8me est-elle v\u00e9cue par Senghor et \u0160opov comme mort et r\u00e9surrection ? \u00c0 la lecture de ces vers, on a l&rsquo;impression que oui. Le po\u00e8me est pour eux ce \u00ab pont de douceur\u00a0\u00bb qu&rsquo;\u00e9voque Senghor dans un de ses plus beaux vers\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0<\/i>Je ne sais en quels temps c&rsquo;\u00e9tait, je confonds toujours l&rsquo;enfance et l&rsquo;Eden\/ Comme je m\u00eale la Mort et la Vie &#8211;\u00a0 un pont de douceur les relie<i>\u00a0\u00bb<\/i><sup>\u00a015<\/sup><i>.<\/i>\u00a0\u0160opov \u00e9largie cette fusion \u00e0 la femme et au po\u00e8me\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4 po\u00e8me, terre, femme, \u00f4 vie et mort \u00e0 la fois\u00bb (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/soleil-noir\/\">Soleil noir<\/a>\u00a0\u00bb), comme Senghor le fait lui-m\u00eame dans un autre po\u00e8me\u00a0: \u00ab\u00a0Je dormirai au sommeil de la mort qui nourrit le Po\u00e8te\u00a0[&#8230;]\/\u00a0Je dormirai \u00e0 l&rsquo;aube, ma poup\u00e9e rose dans les bras\/ Ma poup\u00e9e aux yeux verts et or, \u00e0 la langue si merveilleuse\/ La langue m\u00eame du po\u00e8me.\u00a0\u00bb<sup>16<\/sup><\/p>\n<h2>Pa\u00efens solaires<\/h2>\n<p>La mort est au c\u0153ur de leurs derniers po\u00e8mes &#8211; Senghor consacre les <em>\u00c9<\/em><i>l\u00e9gies majeures<\/i>\u00a0\u00e0 ses proches disparus, \u0160opov pressent dans l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/arbre-sur-la-colline-poemes\/\"><i>Arbre sur la colline<\/i><\/a>\u00a0sa propre mort, toute proche &#8211; et Dieu, in\u00e9vitablement.<\/p>\n<p>Mais quand on a perdu son fils, comme Senghor, que penser de Dieu\u00a0? Et quand on a perdu Dieu dans sa jeunesse, comme \u0160opov, comment affronter la mort\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Que donc ta volont\u00e9 soit accomplie\u00bb, lance Senghor au \u00ab\u00a0terrible dieu d&rsquo;Abraham\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;annonce de la mort de son fils Philippe Maguillen, avant que ses \u00ab\u00a0sens pa\u00efens\u00bb ne se r\u00e9voltent et qu&rsquo;il ne s&rsquo;\u00e9crie\u00a0: \u00ab\u00a0Qu&rsquo;au jour de la R\u00e9surrection, notre enfant se l\u00e8ve soleil d&rsquo;aurore\/ Dans la transfiguration de sa beaut\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<sup>17<\/sup>.<\/p>\n<p>Et \u0160opov de r\u00eaver que son \u00ab\u00a0corps roide,\/ comme gu\u00e9ri\u00a0[&#8230;]\u00a0boit les vins\/ du plus ancien et du plus pur clair de soleil\u00a0\u00bb\u00a0; que chaque jour le soleil se penche sur son \u00ab\u00a0corps abandonn\u00e9 sur la montagne\u00a0\u00bb pour l&rsquo;inviter \u00e0 le suivre dans sa course\u00a0; qu&rsquo;il r\u00e9siste &#8211; \u00ab\u00a0Tes yeux sont des soleils ardents\/ et tu n&rsquo;es pas au bout de ton chant \u00bb &#8211; mais en vain ; qu&rsquo;il prie &#8211; \u00ab \u00c0 travers la mort, dans la vie, conduis-moi, mon amour !\u00a0\u00bb &#8211; mais en vain\u00a0; car \u00ab\u00a0un merveilleux jour\u00a0\u00bb son corps s&rsquo;\u00e9lancera dans les hauteurs, \u00ab\u00a0ivre de vins de clair de soleil\u00a0\u00bb<sup>18<\/sup>.<\/p>\n<p>Au comble de la douleur, Senghor et \u0160opov sont une fois de plus unis par la po\u00e9sie, au sein de laquelle ils reconnaissent le soleil comme leur dieu pour la mort. Autrement dit\u00a0: la lumi\u00e8re \u00e9ternelle, l&rsquo;immortalit\u00e9.<\/p>\n<h2>M\u00eames r\u00eaves et tourments<\/h2>\n<p>Senghor et \u0160opov n&rsquo;ont pas beaucoup \u00e9crit &#8211; ils avaient pour habitude de laisser m\u00fbrir longtemps, tr\u00e8s longtemps, un po\u00e8me avant de le coucher sur le papier &#8211; mais ils nous ont beaucoup l\u00e9gu\u00e9.<\/p>\n<p>Dans ce livre (<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/senghor-sopov-paralleles-poemes\/\"><em>Senghor &#8211; \u0160opov: Parall\u00e8les<\/em><\/a>), quarante-huit de leurs po\u00e8mes s&rsquo;entrem\u00ealent, tissant des liens parfois discrets, mais infrangibles. \u00c9crits au cours d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es, en grande majorit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 Senghor et \u0160opov ne se connaissaient pas, ces po\u00e8mes r\u00e9v\u00e8lent la profonde complicit\u00e9 qui lie leurs auteurs &#8211; ces hommes que rien ne pr\u00e9destinait \u00e0 se rencontrer et qui partageaient pourtant les \u00ab m\u00eames amours, m\u00eames houles, m\u00eames r\u00eaves et tourments\u00bb.<\/p>\n\t\t\t<a href=\"\"  target=\"_self\">\n\t\t\t\t\t\t\tSeuls vivent les morts dont on chante le nom. &#8211; Senghor\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/la-longue-venue-du-feu\/\"  target=\"_self\">\n\t\t\t\t\t\t\tLes morts mourront avec nous et avec notre chant. &#8211; \u0160opov\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\tNotes :<br \/>\n1. Cit\u00e9 dans :\u00a0<em>Aco \u0160opov : qu\u00eates et enqu\u00eates<\/em>, p. 170.<br \/>\n2. L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor :\u00a0<em>Gen\u00e8se d&rsquo;un imaginaire francophone<\/em>, pp. 72-77.<br \/>\n3. Cit\u00e9 dans :\u00a0<em>Aco \u0160opov : qu\u00eates et enqu\u00eates<\/em>, p. 49.<br \/>\n4. \u00ab Quand nous disons k\u00f4ras, balafongs, tam-tams, et non harpes, pianos et tambours, nous n&rsquo;entendons pas faire pittoresque ; nous appelons \u00ab un chat un chat \u00bb [&#8230;] Le message, l&rsquo;image [&#8230;] est dans la simple nomination des choses. [&#8230;] Ce pouvoir du verbe appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 [&#8230;] dans les langues n\u00e9gro-africaines, o\u00f9 presque tous les mots sont descriptifs, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de phon\u00e9tique, de morphologie ou de s\u00e9mantique. Le mot y est plus qu&rsquo;image, il est image analogique sans m\u00eame le secours de la m\u00e9taphore ou de la comparaison. Il suffit de nommer la chose pour qu&rsquo;apparaisse le sens sous le signe. \u00bb Extrait de \u00ab Comme les lamantins vont boire \u00e0 la source \u00bb,\u00a0<em>\u0152uvre po\u00e9tique<\/em>, p. 158.<br \/>\n5. Cit\u00e9 dans :\u00a0<em>Senghor ou la tentation de l&rsquo;universel<\/em>, p.13.<br \/>\n6. \u00ab A l&rsquo;appel de la race de Saba \u00bb,\u00a0<em>\u0152uvre po\u00e9tique<\/em>, p. 61.<br \/>\n7.\u00a0<em>Ce que je crois<\/em>, p. 11<br \/>\n8. Cit\u00e9 dans :\u00a0<em>Aco \u0160opov : qu\u00eates et enqu\u00eates<\/em>, p. 19.<br \/>\n9. \u00ab A l&rsquo;appel de la race de Saba \u00bb,\u00a0<em>\u0152uvre po\u00e9tique<\/em>, p. 58.<br \/>\n10. \u00ab Comme les plus beau quatrains \u00bb po\u00e8me non traduit en fran\u00e7ais du recueil <a href=\"https:\/\/old.acosopov.com\/bibliotheque\/recueils-originaux\/arbre-sur-la-colline-1980.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Arbre sur la colline,<\/em><\/a>\u00a0p. 34.<br \/>\n11. \u00ab Comme les lamantins vont boire \u00e0 la source \u00bb,\u00a0<em>\u0152uvre po\u00e9tique<\/em>, p. 158.<br \/>\n12. \u00ab Plus que la prose, la po\u00e9sie n\u00e8gre vise \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie des moyens, qui supprime tout ce qui est inutile. [&#8230;] Plus que le dit, ai-je dit, c&rsquo;est bien le dire qui est charme magique : qui fait la po\u00e9sie [&#8230;] Car le po\u00e8me, en Afrique noire, ce sont, encore une fois, &lsquo;des paroles plaisantes au c\u0153ur et \u00e0 l&rsquo;oreille&rsquo; \u00bb (Expos\u00e9 fait \u00e0 la Rencontre des po\u00e8tes francophones, Hautvilliers, 3 octobre 1975), in Libert\u00e9 V.<br \/>\n13. \u00ab A la syntaxe de coordination ou de juxtaposition des langues africaines, si propre \u00e0 la po\u00e9sie, s&rsquo;oppose la syntaxe de subordination des langues albo-europ\u00e9ennes \u00bb, in\u00a0<em>Ce que je crois<\/em>, p. 170<br \/>\n14.\u00a0<em>\u0152uvre po\u00e9tique<\/em>, p. 394.<br \/>\n15. \u00ab Je ne sais en quels temps \u00bb,\u00a0<em>\u0152uvre po\u00e9tique<\/em>, p. 148.<br \/>\n16. \u00ab El\u00e9gie de minuit \u00bb,\u00a0<em>\u0152uvre po\u00e9tique<\/em>, p. 200.<br \/>\n17. \u00ab El\u00e9gie pour Philippe-Maguilen Senghor \u00bb,\u00a0<em>\u0152uvre po\u00e9tique<\/em>, p. 288.<br \/>\n18. Trois po\u00e8mes d&rsquo;Arbre sur la colline reprennent cette image : \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/clair-de-soleil\/\">Du plus ancien et du plus pur clair de soleil<\/a>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/le-soleil-et-le-corps\/\">Le soleil et le corps<\/a>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/guerison\/\">Gu\u00e9rison<\/a>\u00a0\u00bb, in\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/poesie\/anthologie-personnelle-poemes\/\"><em>Anthologie personnelle<\/em><\/a>, pp. 129-131.\n<figure itemscope itemtype=\"https:\/\/schema.org\/ImageObject\">\n\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/wp-content\/uploads\/Annee-Sengjhor-2006-Rectorat_Jasmina.jpg\"  target=\"_self\" itemprop=\"url\">\n\t\t\t\t<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.acosopov.com\/wp-content\/uploads\/Annee-Sengjhor-2006-Rectorat_Jasmina.jpg\" alt=\"\u0408\u0430\u0441\u043c\u0438\u043d\u0430 \u0428\u043e\u043f\u043e\u0432\u0430 \u043d\u0430 \u0441\u0438\u043c\u043f\u043e\u0437\u0438\u0443\u043c\u043e\u0442 \u201e\u0421\u0435\u043d\u0433\u043e\u0440 \u0432\u043e \u0441\u0435\u0442\u0430 \u0441\u043b\u043e\u0431\u043e\u0434\u0430\", \u0423\u041a\u0418\u041c, 2006\" height=\"794\" width=\"1000\" title=\"Ann\u00e9e-Sengjhor-2006-Rectorat_Jasmina\" onerror=\"this.style.display='none'\" loading=\"lazy\" \/>\n\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t\t\t<figcaption>\u0408\u0430\u0441\u043c\u0438\u043d\u0430 \u0428\u043e\u043f\u043e\u0432\u0430 \u043d\u0430 \u0441\u0438\u043c\u043f\u043e\u0437\u0438\u0443\u043c\u043e\u0442 \u201e\u0421\u0435\u043d\u0433\u043e\u0440 \u0432\u043e \u0441\u0435\u0442\u0430 \u0441\u043b\u043e\u0431\u043e\u0434\u0430\u00a0\u00bb, \u0423\u041a\u0418\u041c, 2006<\/figcaption>\n\t<\/figure>\n\t<p><strong data-start=\"224\" data-end=\"242\">Jasmina \u0160opova<\/strong> est traductrice mac\u00e9donienne et r\u00e9dactrice en chef de longue date du <em data-start=\"321\" data-end=\"343\">Courrier de l&rsquo;UNESCO<\/em>. Elle est la fille d&rsquo;Aco \u0160opov.<\/p>\n<p>En lien avec l&rsquo;\u0153uvre de \u0160opov, elle a initi\u00e9 et r\u00e9alis\u00e9 une s\u00e9rie d&rsquo;initiatives culturelles majeures, parmi lesquelles : <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/evenements\/2006-annee-senghor-en-macedoine\/\">L&rsquo;Ann\u00e9e Senghor en Mac\u00e9doine <\/a>(2006), la <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/fondation\/\">Fondation Aco \u0160opov &#8211; Po\u00ed\u00easis<\/a>, la <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/\">Maison lyrique d&rsquo;Aco \u0160opov<\/a>, l&rsquo;hommage <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/evenements\/journee-hommage-sopov-unesco-2023\/\">Une journ\u00e9e tout en po\u00e9sie<\/a> consacr\u00e9 \u00e0 Aco \u0160opov \u00e0 l&rsquo;UNESCO (2023), les <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/evenements\/journees-de-la-poesie-skopje\/\">Journ\u00e9es de la po\u00e9sie<\/a> \u00e0 Skopje, ainsi que Le Portail ouvert du Moulin lyrique.<\/p>\n<p>Elle est l&rsquo;auteure de <em>Aco \u0160opov : qu\u00eates et enqu\u00eates <\/em>(2002), <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/bibliotheque\/recueils-traduits\/senghor-sopov-paralleles-2006\/\">Senghor <em>&#8211; \u0160opov : Parall\u00e8les <\/em><\/a>(2006), <a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/%d0%b1%d0%b8%d0%b1%d0%bb%d0%b8%d0%be%d1%82%d0%b5%d0%ba%d0%b0\/%d0%b0%d0%b2%d1%82%d0%be%d0%bf%d0%be%d1%80%d1%82%d1%80%d0%b5%d1%82-%d1%81%d0%be-%d1%81%d0%b5%d0%b4%d1%83%d0%bc-%d0%bf%d1%80%d1%81%d1%82%d0%b8-2024\/\"><em>Aco \u0160opov: Autoportrait au sept doigts<\/em><\/a> (2024).<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 comme pr\u00e9face du livre <em data-start=\"1005\" data-end=\"1035\">Senghor &#8211; \u0160opov : Parall\u00e8les<\/em>. Avant sa publication, il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au Colloque international \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/evenements\/colloque-senghor-2006\/\">Senghor en toute libert\u00e9<\/a><em data-start=\"1102\" data-end=\"1146\">\u00a0\u00bb<\/em>, tenu au Rectorat de l&rsquo;Universit\u00e9 Saints Cyrille et M\u00e9thode (UKIM) le 20 mars 2006, dans le cadre des manifestations marquant L&rsquo;Ann\u00e9e Senghor en Mac\u00e9doine.<\/p>\n<p>On pourra \u00e9galement lire ses textes critiques : Aco \u0160opov : le r\u00eave ph\u0153nixien, Aco \u0160opov, un nom qui s&rsquo;inscrit durablement au patrimoine mondial des lettres et \u202fDebout, dans la dignit\u00e9, pour demain.<\/p>\n\t<hr \/>\n<p>Extrait de la pr\u00e9sentation de \u0160opova au Colloque international \u00ab\u00a0Senghor en toute libert\u00e9<em data-start=\"1102\" data-end=\"1146\">\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\t\t<iframe loading=\"lazy\" title=\"Jasmina \u0160opova: Aco \u0160opov &amp; L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/tQixy4km48k?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\t\n\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/cabinet-de-lecture\/portraits-litteraires\/\"  target=\"_self\">\n\t\t\t\t\t\t\tAutres portraits litt\u00e9raires de \u0160opov en fran\u00e7ais\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Senghor, \u0160opov : deux po\u00e8tes en qu\u00eate d&rsquo;un univers de beaut\u00e9 Le feu m&rsquo;ensoleille plus fort que la parole des po\u00e8tes disparus dans le cosmos et l&rsquo;azur, en qu\u00eate d&rsquo;un univers de beaut\u00e9 A. \u0160 Rien ne pr\u00e9destinait les deux hommes \u00e0 se rencontrer. L&rsquo;un, n\u00e9 en 1906, sur les rives du Sine ; l&rsquo;autre,&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":80131,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-103989","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/103989","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=103989"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/103989\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":122759,"href":"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/103989\/revisions\/122759"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/80131"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.acosopov.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=103989"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}