Soleil noir toujours

Ici tout te ressemble à mort.
Le goudron répandu sur les monts.
Le filet de résine
qui court le long des gorges sèches.
La tristesse du chien qui geint dans les faubourgs,
elle aussi, te ressemble à mort.

Et ce récif cerné d’eau,
eau abandonnée telle une femme
dans les bras de celui qui paiera de sa vie
sa soif indomptée.
Et ce mauve avare, proche et intouchable.
Et ce récif cerné.

Et ces vignes et ces vignes vierges. Et ces vins
débordant d’incandescence, d’ardeur, d’embrasement.
Et la sécheresse.
Et la pierre à l’âme pétrifiée.
Et nos trois fils, soleil noir, nos trois fils
assoiffés parmi les vignes, les vignes vierges et les vins.

Et ce clocher dans la dense coudraie,
priant, blasphémant.
Gémissant blessé.
Et tous ceux qui cherchent repos et guérison.
Et tous les saints sur les fresques aux yeux crevés.
Et ce clocher dans la dense coudraie.

Ici tout te ressemble à mort.
Le goudron répandu sur les collines.
La résine.
Et par-dessus, la constellation du Grand Char.
Jusqu’au chien qui geint par les faubourgs,
jusqu’à sa tristesse te ressemble…

Et cette terre tumultueuse mais claire.
Et la sécheresse. Et l’embrasement.
Et l’angoisse.
Et mes trois blessures – trois paroles jamais dites.

Ô soleil noir, feu de fin d’automne
nous baignons dans la lueur d’une étoile déjà morte.

Aco Šopov, Cinérémancien (Гледач во пепелта), 1970
Traduit par Edouard J. Maunick, Anthologie personnelle, 1994