Sang abyssal

Dans les profondeurs, un sang lourd,
on dirait là depuis l’origine des temps.
Peu visible ici sur la crête, dans les brumes torrides.
Étalé malédiction comme cicatrice d’une plaie.

Dans les profondeurs un sang lourd.
Sang épais comme résine noire.
Sang dévorant, sa soif remonte à la genèse.
Il est sang ancien, noir et nu.

Étalé, comme taupe il creuse.
Va de seuil en seuil, fouit la conscience.
Comme la mort infaillible, inexorable,
il comble toute lacune, tout espace.

Dans les profondeurs un sang lourd,
toujours m’ordonnant:
suis moi, sans mot dire,
ne m’abandonne jamais.

Dans les profondeurs un sang terrible,
plus effroyable que menace.
Dans les profondeurs un sang si lourd
qu’on dirait là depuis l’origine des temps.

Ацо Шопов, Non-être (Небиднина), 1963. Le poème a été initialement publié dans la revue Современост, 1963, XIII, 4.
Traduit par Edouard J. Maunick, Anthologie personnelle, 1994